Chili sin carne

06 janvier 2012

Itinéraire

 Ushua_a_Punta_Arenas 

J1 : Paris-Buenos Aires, Buenos Aires-Ushuaïa

J2 : Ushuaïa, glacier Martial et déambulation dans la ville

J3 : Ushuaïa, navigation sur le canal de Beagle et estancia Harberton

J4 : Ushuaïa, randonnées dans le Parc national de la Tierra de Fuego

J5 : Ushuaïa, visite des musées

J6 : Ushuaïa-Punta Arenas en bus, 12 heures

J7 : Punta Arenas, visite du cimetière et promenade à Fuerte Bulnes, à 60 km de la ville

J8 : Punta Arenas, journée au parc volcanique Pali Aike, à 200 km

J9 : Punta Arenas, excursion à la isla Magdalena  pour voir les pingouins et visite de la ville

Punta_Arenas_et_plus 

 J10 : Punta Arenas-Puerto Natales, 3 heures

J11 : Torres del Paine, randonnée à Las Torres

J12 : Torres del Paine, randonnée à Los Cuernos

J13 : Torres del Paine et retour à Puerto Natales

J14 : Puerto Natales-El Calafate, 6 heures

J15 : El Calafate, excursion au Perito Moreno

J16 : El Calafate-El Chalten, 3 h 30, une randonnée

J17 : El Chalten-Candelario Mancilla, passage de la frontière à pied (en rouge sur la carte)

J18 : Candelario Mancilla-Villa O'Higgins en bateau avec visite du glacier O'Higgins

Villa_O_higgins_Puerto_Tranquilo

 J19 : Villa O'Higgins-Caleta Tortel, 4h30

J20 : Caleta Tortel

J21 : Caleta Tortel-Puerto Tranquilo, 6 heures, visite des cathédrales de marbre

J22 : Puerto Tranquilo-Coyhaique, 4 heures

J23 : Coyhaique-Puyuhuapi, 5 heures

J24 : Puyuhuapi, thermes

J25 : Puyuhuapi, parc Queulat

Puerto_Tranquilo_Puerto_Montt

J26 : Puyuhuapi-Chaiten, 5h30 

J27 : Chaiten

J28 : Chaiten, le volcan

J29 : Chaiten-Puerto Montt, en bateau avec Naviera Austral, 9 heures  

J30 : Puerto Montt-Chiloé en voiture

J31 : Chiloé

J32 : Chiloé

J33 : Chiloé-Puerto Varas

 Santiago

J34 : Puerto Varas et volcan Osorno, nuit en bus de Puerto Montt à Santiago

J35 : Santiago

J36 : Santiago-Paris


Un grand écart de 14 000 km

Me voici à Buenos Aires où je ne fais que passer. Mon passeport vient d'être tamponné pour la première fois. Il le sera à plusieurs reprises au gré des passages de frontière. J'arrive à l'aéroport d'Ezeiza à 9 heures, croyant atterrir en pleine campagne alors que j'avais lu partout que Buenos Aires était une très grande ville. Je jette un oeil de l'autre côté de l'avion et aperçois des rangées de béton. Ouf, tout est à sa place. Je prends un bus pour Aeroparque Jorge Newbery d'où je dois m'envoler à 15h40 pour Ushuaïa. Je ne verrais rien de Buenos Aires, sauf des barres d'immeubles assez laides, des jonctions d'autoroute, des quartiers où je n'aurais pas envie de traîner, une partie de la zone portuaire où des containers sont alignés jusqu'à former des gradins en bordure d'eau qui n'attendent plus que les spectateurs d'un spectacle tout à fait improbable. La mondialisation se lit sur ces rectangles colorés qui fournissent en biens de consommation la terre entière : Maersk, Evergreen, Maruba, Hamburg Süd, Hanjin, Cosmo, Patagonia, Festina. Mondialisation encore : Leonardo Di Caprio vante ici aussi les montres TagHeuer. J'aperçois un bouquet de buildings modernes dont un se détache du lot, celui de Standard Bank. Il est plus long que large, ouvert en haut, il semble léger et ressemble à un sac à main original. Le contraste entre la devanture de verre et les extérieurs en béton lui confèrent un aspect de lego moderne. Toutes les voitures ont les vitres fermées avec, je supposer, la climatisation à marche forcée pour se protéger de 28°C que j'accueille avec bonheur ! J'ai même sorti les lunettes de soleil pour le trajet en bus entre les deux aéroports tout en remettant ma polaire à cause... de la climatisation ! A Jorge Newbery, je m'asseois face à l'océan et commence à rêver des grands espaces qui m'attendent.

Mondialisation encore : un jeune assis à côté de moi écoute de la musique avec un casque B et pianote sur son I-Phone pour lire ses messages Facebook. Blackberry et smartphones en tout genre sont collés auxmains des futurs passagers ou accrochés à leur ceinture. Après quelques péripéties, le vol pour Ushuaïa part avec une bonne heure de retard. La marée a eu le temps de monter. Plus de bancs sablonneux à l'horizon, mais une mer d'un marron répugnant. Dès le décollage, je prends la mesure de Buenos Aires. Cette ville s'étend à perte de vue, je n'en vois pas la fin estompée dans les brumes de chaleur et de pollution mixées. En périphérie, le changement de la topographie de la ville se remarque grace au soleil qui se reflète sur les toits de tôle ondulée. Des milliers de taches lumineuses forment un paysage qui mériterait une peinture alors qu'elles cachent sans doute la misère de la mégalopole.

Très vite, le paysage d'en bas n'est que rectangles verts posés à côté de rectangles jaunes eux-mêmes posés à côté d'autres rectangles jaunes ou verts. Pas un arbre sous mes pieds. Puis des nuages épars apparaissent et signalent une ligne de démarcation. Nous passons au-dessus de l'océan. La ligne est très claire. Comme si à gauche, c'était la sécheresse et à droite l'oasis. Après une heure et demie de vol, nous avançons dans les nuages. Mais peu à peu les nuages sortent de leur torpeur, s'éclaircissent avec le rayonnement du soleil et se font plus rares voire se transforment en voiles blancs flottant dans l'air. De l'eau, de l'eau, rien que de l'eau, mais la terre finit par pointer le bout de son nez.

Ma vision de la Terre de feu commence par du plat pelé par endroits. De grandes étendues marrons ponctuées ici et là de touffes vertes. C'est comme si la terre avait été épluchée mais certaines zones auraient résisté. Puis des collines apparaissent. Si elles n'avaient pas cette couleur de terre, on pourrait croire que nous survolons des mines de sel. Mais au fur et à mesure que nous nous en approchons, je vois que la végétation les recouvre en partie. Les vents doivent être trop violents pour la laisser monter au sommet. Puis ce paysage se durcit. De petites montagnes plus rocheuses aux sommets recouverts de neige défilent sous mes pieds.

 

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Et enfin le canal de Beagle est derrière mon hublot. Au loin, plus au sud, des montagnes aux sommets enneigés se dressent, cette fois au Chili. Il est 20 heures passées mais le soleil est loin d'être couché et la lumière est un peu rasante. C'est l'émerveillement. Température annoncée dans l'avion : 13°C. C'est à peu près la température que j'avais laissée à Paris. J'oublie la parenthèse Buenos Aires à 28°C et je remets les polaires. Au bout de la piste d'atterissage, le canal de Beagle. A l'autre bout, le canal de Beagle. Et vue d'en haut, elle paraît très très courte ! Bienvenue à Ushuaïa, point de départ de ce périple de 5 semaines.

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07 janvier 2012

Ushuaïa, le bout du monde ?

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Je me suis donc réveillée ce matin dans la ville du bout du monde. Mais est-ce vraiment le bout du monde ? Oui, le célèbre panneau devant lequel chaque visiteur se fait photographier le dit (el fin n'étant pas la fin mais le bout). Pourtant, en face, il y a une île. L'horizon est défini quand on se plante devant le canal de Beagle. D'ailleurs, ce n'est ni l'Atlantique ni le Pacifique, mais bien un canal qui relie les deux océans. Nicolas Hulot aurait-il exagéré lui aussi en nous faisant découvrir cette ville dont certains Argentins n'ont jamais entendu parler ? La ville du bout du monde est devenue une marque. Car c'est bien Puerto Williams, sur la isla de Navarino en face, qui est la commune la plus australe du monde. En attendant, 68000 personnes vivent ici toute l'année. Ils étaient 18000 il y a  vingt-cinq ans. Mais que diable sont-ils venus faire sur cette terre hostile ? C'est le plein été, il fait peut-être 18° aujourd'hui et seuls quelques autochtones se promènent en tee-shirt. Le soleil se couche à peine en cette saison mais joue les fainéants pendant l'hiver, ne brillant plus qu'une poignée d'heures par jour.

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Le centre se résume à la rue San Martin bordée de commerces. Dès que l'on s'éloigne de ce coeur consommateur, c'est comme à Venise avec la place Saint-Marc : les passants se raréfient et un autre visage apparaît. La ville est très étendue, mordant sur les espaces boisés de la montagne au flanc de laquelle elle s'est posée. Les habitations sont pour la plupart basses, colorées ici ou là, mais l'architecture reste très disparate. Il faut croire qu'il y fait bon vivre puisque même des Boliviens et des Péruviens descendent de leur cordillère pour s'y installer. Plus on monte, plus les habitations se transforment en bicoques brinquebalantes. Un quartier entier a des airs de bidonville. Mais devant presque chaque maison est garée une voiture. Certaines rutilantes, certaines à classer dans le rayon épaves. Une usine de composants électroniques emploie beaucoup de monde et la présence de gaz exploité entre autres par Total est aussi une source d'emploi. Le tourisme s'est beaucoup développé et l'Etat s'échine à occuper le reste des habitants, de manière non négligeable selon les dire d'un immigré catalan. Ce qui est certain, c'est que la marque fonctionne. Les hôtels sont pleins et il est conseillé de réserver à l'avance une place dans un bus. Deux jours avant le départ pour Puntas Arenas, il ne restait que deux sièges disponibles.

Alors que faire quand on a décidé de venir jusqu'ici pour pouvoir dire qu'on y est venu ou parce qu'on en avait envie ? Respirer d'abord et découvrir méthodiquement ou pas les lieux. Aujourd'hui, je suis montée au glacier Martial. Totalement imprévu parce que la première journée devait être tranquille. Mais le temps était clément, nuageux avec une forte luminosité. Alors plutôt que d'attendre la pluie, j'ai pris mes petites jambes et les ai mises en action. Un peu de télésiège tout de même pour atteindre le début du sentier qui mène au glacier. Tous les étrangers de passage n'étaient pas au rendez-vous. Il y a un peu de monde, juste ce qu'il faut pour converser un peu, échanger ses sensations et se sentir en sécurité en cas de chute ou de glissade. Un chemin de 1,4 km pour un dénivelé de 275 mètres. Une montée un peu difficile mais pas insurmontable avec toujours le glacier en ligne de mire. Le soleil a la bonne idée de se présenter. En 45 minutes, je suis au pied du glacier qui tient son nom du capitaine Luis Fernando Martial qui participa à une expédition française en 1882. Je parlais de mondialisation hier. Aujourd'hui, au pied du glacier, un jeune homme prend des photos avec son iPad. Serais-je ringarde avec mon reflex et ses objectifs que je m'obstine à transporter jusqu'à demander un sac très spécial pour eux au Père Noël ?

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L'endroit respire la pureté. Autour du glacier, des lengas, l'arbre qui pousse spécifiquement par ici. Son tronc est très fin et très haut et au bout de 30 mètres les branches daignent pousser produisant un feuillage nain au regard de la hauteur de l'arbre. Les sommets de la montagne qui borde le glacier sont eux dénudés. Pelés comme ceux que je décrivais hier du haut de l'avion. Aux abords du glacier, l'air se fait vraiment plus frais. Je ne m'équipe pas pour marcher sur les 200 mètres qui mènent vraiment au pied du glacier mais profite de la témérité d'autres randonneurs pour prendre une photo et avoir ainsi une échelle pour ceux que j'entends déjà me la réclamer ! Et aussi parce que les deux personnes sont tellement bien positionnées pour mon cadrage ! La redescente jusqu'au télésiège se fait en toute tranquillité et je choisis de continuer à pied pour retrouver la civilisation, alternant la route et un sentier. Ce qui me vaut de trouver un point de vue parfait sur la totalité de la ville.

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Cette promenade valait bien un goûter. Je passe par hasard devant un salon de thé restaurant très attirant. Sans doute le nom incite à entrer : Almacen Ramos Generales. Quelle surprise ! C'est un ancien magasin qui a conservé ses étagères en bois... et ce qu'il y avait dedans au XIXe siècle. Seconde surprise, la carte est sous-titrée en français. Le patron est français, ceci expliquant cela. Au menu, croissant et pain au chocolat. Mais le plus amusant ce sont les étagères remplies de vieilles bouteilles poussiéreuses, de boîtes en métal type Magicub, de lampes à huile, de machines à coudres d'autrefois, de vieux registres légèrement mangés par les souris. Les arrosoirs et bassines sont exposées en hauteur, deux réfrigérateurs de la première génération trônent derrière le comptoir tout en longueur. Des poulies descendent du plafond et une caisse enregistreuse digne des plus grands westerns nous fait faire une marche arrière dans le temps. Au milieu de ce décor, une famille attablée devant moi. Les parents et trois garçons dont un adolescent et des jumeaux d'environ 12 ans. L'ordinateur portable passe de main en main. Le père, en bon organisateur, surveille ce qui se passe au parc de Torres del Paine où un incendie s'est déclaré la semaine dernière obligeant les autorités à fermer le parc. L'adolescent récupère l'ordinateur pour aller surveiller son compte Facebook. Au même moment, les jumeaux se disputent un iPhone et un Blackberry pour battre leur record sur le dernier jeu à la mode et quand madame récupère l'ordinateur, c'est pour surfer sur des sites invisibles car mon angle de vue n'était pas compatible. Profitant que madame s'occupe avec le jouet familial, monsieur sort acheter une chapka et des lunettes de soleil à l'un des jumeaux. L'autre jumeau tentant d'arracher l'iPhone à son adolescent de frère pendant ce temps. Je préfère ne pas commenter la communication familiale, la description de la scène se suffit à elle-même. Et je reste stupéfaite que pas un seul d'entre eux n'ait dévoré du regard ce lieu visiblement chargé d'histoire et devant lequel je suis restée scotchée parce que je me sentais transportée dans une autre époque. A une autre table, un monsieur d'environ 65 ans a sorti son iPad. Son toucher n'est pas fluide. Il se sert de son majeur pour appuyer sur les icones comme s'il tapait sur une machine à calculer. Mais il a l'air d'y prendre du plaisir. Et là, je me dis que si même les plus anciens font abstraction de leur environnement, rien ne va plus. Mais non. Il range le jouet qu'il a eu à Noël et s'engage alors avec sa femme et l'autre couple qui les accompagne une traditionnelle partie de cartes... avec un vrai jeu de cartes. La seule touche de modernité de ce lieu, ce sont des pots à eau en forme de pingouins. Le pingouin est à Ushuaïa ce que les figurines inuites sont aux galeries d'art de Montréal. La multiplication dans la répétition est pourtant plus répulsive qu'attractive.

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La journée s'achève. Demain, je vais enfin explorer le canal de Beagle dont je parle depuis hier. Direction la estancia Harberton en catamaran.

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08 janvier 2012

Le canal de Beagle

Aujourd'hui donc, embarquement sur le canal de Beagle jusqu'à la estancia Harberton. Soit 3 heures de navigation sur un gros catamaran très rassurant. Le canal de Beagle est long de 750km et appartient en partie au Chili et pour l'autre partie à l'Argentine après un conflit qui a failli virer à la guerre en 1978 mais s'est finalement achevé par une modification des frontières. Il relie l'Atlantique au Pacifique. Nous prenons la direction de l'océan Atlantique. Plusieurs arrêts sont prévus. Le premier a lieu sur la isla de los lobos, peuplé de cormorans et de phoques ainsi que de quelques lions marins. Les phoques, je les connais, mais je ne m'en lasse pas. Oui, la colonie est beaucoup moins impressionnante qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais les lions de mer sont nouveaux pour moi et ils sont imposants. Couchés, ils ne sont guère différents des autres phoques à part leur taille. Quand ils se lèvent, je crois découvrir une nouvelle espèce de cochon avec des pattes plus courtes, un cou plus allongé et un groin aplati par un coup d'enclume ! Et quelle démarche. Toute leur lourdeur transparaît. Mais quand deux mâles se cherchent, ils sont encore plus impressionnants. La bagarre n'aura pas lieu, les cris de chacun suffisant à calmer les ardeurs de l'autre. Sachant que chacun d'entre eux se partage entre 11 et 15 femelles, on peut comprendre qu'il y a du territoire à protéger ou à conquérir. Nous restons suffisamment longtemps pour apprécier le spectacle sous toutes ses coutures et il en sera de même aux autres étapes.

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Le deuxième arrêt est aussi animalier. L'île aux cormorans abrite l'espèce impériale. Les quelque milliers qui viennent nicher ici font beaucoup de bruit. L'appareil photo crépite sur des becs ouverts, sur des bisous enflammés et des atterissages en douceur.

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Le catamaran passe ensuite par le phare des éclaireurs mis en service en 1920 et toujours en activité mais de manière automatique. Puis le bateau file droit vers l'Atlantique sans s'arrêter pendant une heure. Pendant ce temps un documentaire conte l'histoire d'Ushuaïa, détaille la vie sur le canal de Beagle, explique comment la région fut peuplée. Une mine d'informations sans prétention mais très bien ordonnancée. En prévision du prochain arrêt, je me poste à la proue du bateau, sans imiter Kate Winslet dans Titanic étendant les bras comme si elle allait s'envoler, puisque je n'ai pas mon Leonardo di Caprio. Je respire à plein nez, l'appareil photo armé de son plus gros zoom accompagné de son doubleur de focale. Je suis équipée pour faire face à la fraîcheur avec deux polaires, une écharpe et je mettrai les gants pendant un moment, sentant mes doigts se crisper, ce qui me ferait rater quelques photos. Nous longeons Puerto Williams, LA ville la plus australe du monde, qui est au Chili. Ils sont 2500 à se blottir là-bas, sans tapage ni publicité pour attirer les touristes qui préfèrent Ushuaïa. Comme me le disait un jour un ami espagnol à propos de la cuisine de son pays : "Notre cuisine est bien plus riche que la cuisine italienne, mais nous ne savons pas la vendre. En revanche, les Italiens avec leur pizza, ils savent y faire." Puerto Williams et Ushuaïa, c'est un peu comme la cuisine espagnole et italienne. Nous croisons dans cette même zone quatre voiliers. Ont-ils vaincu le Cap Horn ? Question sans réponse, mais ils font figure de vrais aventuriers. 

L'île des pingouins est un endroit inespéré. Le catamaran se pose sur le bord du rivage. Il est interdit de descendre, seule une agence est autorisée à exploiter ce tourisme, et pas plus de 80 personnes par jour. Mais à voir le comportement des pingouins, je me dis qu'ils ont pris l'habitude de voir des visiteurs régulièrement. Ils sont là, à mes pieds dans une lumière magnifique, un soleil pas trop fort. Combien de photos après vingt minutes d'arrêt ! ? 150 ! Et il ne doit pas y avoir trop de déchet car le bateau était parfaitement stable et j'étais au meilleur endroit (l'organisation, ça se travaille voyage après voyage). Ils de dandinent, se bécotent, se donnent des tapes, plongent dans l'eau et en ressortent aussitôt, ils nous fixent, ont des regards mendiant. Deux jeunes veillent un mort dans l'indifférence générale. Ils n'ont aucun geste de précipitation, vaquent à leurs affaires tout en se sentant observés. C'est un enchantement.

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Il y a deux sortes de pingouins : le pingouin de Magellan et le pingouin papoue. Nous ne verrons qu'un seul de la seconde espèce, un peu plus grand que les autres, le bec et les pattes couleur orangé. Sa démarche ressemble à celle d'un humain qui tanguerait sans savoir où est son point d'équilibre. Il est drôle sans le vouloir devient l'attraction principale alors qu'ils sont des centaines. De là, nous filons vers la estancia Harberton, premier lieu d'implantation de l'homme blanc en Terre de feu. Il ne nous faut que 15 minutes pour aller de l'île aux pingouins à la estancia. Suite au prochain message.

Estancia Harberton

Me voici donc dans un lieu historique : le premier endroit où se sont installés des hommes blancs en Terre de feu. Le fondateur est Thomas Bridges, un orphelin qui doit son nom au pont près duquel il a été trouvé. Echoué aux Malouines, il y apprend la langue yaghan (du nom des indigènes qui résidaient par ici). Ce qui lui valut de ne pas effrayer les yaghans quand il débarqua près d'Ushuaïa car il pouvait communiquer avec eux. Enfin un homme blanc qui ne venait pas les exterminer. En reconnaissance du travail accompli, le président de l'époque, un dénommé Roca, lui offrit 20 000 hectares de terre ! En 1886, Thomas Bridges fonde la estancia Harberton, choisissant le nom d'après le lieu de naissance de son épouse et pour la remercier de toutes les souffrances qu'elle a endurées pendant le long voyage qui l'a amenée jusqu'à Ushuaïa.

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Au début, deux activités rythment la vie à l'estancia : la coupe du bois et l'élevage des moutons pour leur laine. Activité prospère. L'endroit regorge de lengas, l'arbre le plus commun ici, et il a l'avantage d'avoir un long tronc et donc est facilement exploitable. Paradoxalement, seule la maison du fondateur n'a pas été construite avec le lenga... mais avec du bois venu de Harberton, en Grande-Bretagne. Tous les autres bâtiments sont en lenga. Thomas Bridges est mort en 1898, mais sa descendance a continué à exploiter l'estancia. En 1963, un des héritiers parvient en automobile à Ushuaïa. Jusqu'à cette date, il n'y avait pas de route. Il met entre 8 et 9 heures et doit revenir en mettant ses roues dans les traces de celles laissées à l'aller. Ce progrès dans la communication avec l'extérieur va marquer le début du déclin de l'estancia. Comment est-ce possible ?

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Puisqu'il y a une route, des gens peuvent venir. Des animaux aussi. Les gens se déplacent avec leur chien, les chiens se promènent, leurs propriétaires les abandonnent, etc. La présence accrue des chiens sera le premier facteur de dépérissement. Alors qu'un renard peut tuer un mouton uniquement pour se nourrir, les chiens sont capables d'en tuer entre 40 et 50 simplement pour se divertir ou passer le temps. En 1970, l'hiver est plus rude que jamais. L'estancia est enfouie sous 3 mètres de neige. Le cheptel de 9000 moutons tombe à 3000. Deuxième cause du déclin. Enfin, les moyens de communication s'améliorent mais les taxes prolifèrent. Pour exporter la laine, il faut s'acquitter d'une taxe à Ushuaïa, puis d'une autre à Buenos Aires. Moins de laine, plus de taxe, c'en est fini de l'âge d'or.

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Aujourd'hui, l'estancia est toujours la propriété des descendants du fondateur et il y habitent. Ce lieu chargé d'histoire continue à vivre grâce au tourisme qu'ils ont développé intelligemment. La visite est passionnante, riche en détails de la vie quotidienne de l'époque pionnière. Et on ne perçoit nullement une exploitation purement commerciale du lieu, mais plutôt une volonté de transmettre une histoire. La femme du propriétaire est biologiste. A 76 ans, elle continue de s'occuper du musée fondé avec la généreuse aide de Total où sont exposés des squelettes de cétacées. Et elle gère son laboratoire où les placards sont remplis de boîtes dans lesquelles sont soigneusement rangés des os d'animaux échoués sur la plage attenante. Je découvre ainsi que ce n'est pas l'homme qui a inventé la géolocalisation, mais que les dauphins la pratiquent depuis longtemps. Tout comme le cachalot. Ils disposent sur le devant de la tête d'un "melon" qui envoie et reçoit des ondes de ce qu'il y a de bon à manger dans les environs où ils se promènent !

Le retour à Ushuaïa se fait en bus. Je me débrouille comme une chef pour avoir une place au premier rang. Il faut dire que ma solitude m'y aide. Je suis dans les premières à entrer dans le bus et une femme est déjà installée devant. C'est la compagne du chauffeur. Je lui demande si c'est occupé et comme la réponse est non, je m'y installe avec la satisfaction de celle qui va pouvoir faire quelques photos supplémentaires malgré l'absence d'indépendance autoroutière. Quelque 40 km de pistes nous séparent de la Ruta 3, celle qui relie Buenos AIres au Parc national de la Terre de feu, en bordure du Chili. Nous longeons pendant une partie le canal de Beagle et nous enfonçons ensuite au milieu de la forêt. Ici ou là, des cimetières d'arbres morts me font penser à Yellowstone. La piste a donné des ailes à un conducteur qui est allé dans le décor. Nous passons peu de temps après, visiblement il n'y a pas de blessé, mais la voiture a fait un beau tonneau et celui qui venait en face a dû avoir la frayeur de sa vie. La Ruta 3 est une belle route, avec des travaux d'amélioration et une circulation étirée. Des campings sont visibles sur le bord de la route régulièrement et il y a du monde. Retour à Ushuaïa à 18 heures. Ce fut une très belle journée.

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09 janvier 2012

Seule au bout du monde

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Aujourd'hui, journée randonnée. Après avoir navigué sur les eaux qui bordent la Terre de feu, il est temps d'explorer ces confins extrêmes par les routes et les sentiers. Direction le Parc national de la Terre de feu. Je ne commente que brièvement la variété des tarifs d'entrée. Entre un résident argentin et un Européen, il faut multiplier par 4. Je n'avais vu cette pratique que dans les pays dits en voie de développement et encore, il y avait un tarif résident et un tarif étranger. Ici, plus tu habites loin, plus tu paies ! L'Argentine a intérêt à mettre sa "Bric" à la page si elle veut faire partie des grands de ce monde. Environ 45 minutes de bus m'emmènent presque au bout de la route, la fameuse Ruta 3 qui termine son aventure ici après être partie de Buenos Aires. Comme dans la ville d'Ushuaïa, tout le monde se fait photographier devant le panneau. Je me contente de photographier le panneau et un vrai panneau routier pour alimenter ma collection. A cet endroit des cars entiers de touristes débarquent. Ils s'avancent vers les pontons aménagés sur le bord de la baie Lapataia, moi avec eux, font le tour des pontons et s'en vont après avoir pris quelques photos.

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Je m'engage dans le chemin qui mène au bout du bout du parc. La foule disparaît comme par enchantement. Le soleil est de la partie et il fait même particulièrement chaud, moi qui n'ai pas jugé utile de prendre ma casquette dans ces contrées réputées froides. Le paysage est bordé par les montagnes immobiles. La plupart des autres visiteurs ne savent pas ce qu'ils manquent, d'autant que sur une grande partie du chemin, les guindos et les canelos forment une véritable haie d'honneur aux randonneurs. Leurs troncs élancés dansent en s'élevant vers le ciel, prenant des allures de guirlande qui s'éclairent au sommet avec leur feuillage. Je ne croise que six personnes et j'ai à mon entière disposition le bout du bout de la Ruta 3.

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Je suis seule au bout du monde. Le Chili est là pas loin, mais je trempe mes pieds dans l'eau argentine et je peux affirmer qu'elle est très froide. Déjà hier, je trouvais que c'était un grand luxe de pique-niquer à l'estancia Harberton, aujourd'hui, c'est 5 étoiles pour le déjeuner. Pas un bruit, presque pas de vent, l'eau et les montagnes rien que pour moi. J'entends un flip flop au loin dans la baie et aperçois un animal. Beaucoup trop petit pour une baleine ! Ce n'est pas un dauphin non plus car seule la tête sort de temps à autre. Deux autres émettent un souffle encore plus loin. Ce sont des castors ! La pause s'est un peu étirée, il va sans dire. Ramassage de petits cailloux. Retour par le même sentier sur lequel j'échange trois "hola". Devant le célèbre panneau, des motards italiens sortent leur banderole BMW. Le temps de  prendre une photo ou deux et de repartir dans l'autre sens. Ils pourront dire qu'ils l'ont fait. Leur harnachement ne me donne pas du tout envie de vivre leur périple, mais la greffe d'appareils photos sur quelques casques m'amuse beaucoup. Conduire et prendre des photos, il fallait y penser.

En revenant vers Ushuaïa par les sentiers, un oiseau me fait l'honneur de poser. A moins qu'un photographe énervé de sa volatilité ne l'ait collé sur la branche ? Je n'en reviens pas. Il tourne la tête de gauche à droite, puis de droite à gauche, et alors que je m'approche de plus en plus, il ne bronche pas. J'ai eu le temps de sortir le zoom, de ranger l'autre objectif et il est toujours là. Du jamais vu. Il mérite une place de choix sur le blog. C'est une espèce de héron. 

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C'est maintenant un peu plus que le début de l'après-midi et il s'agit de revenir vers l'entrée du parc pour prendre le dernier bus qui passe un peu après 19 heures. Et de commencer le sentier de la côte qui longe toute la baie Lapataia, qui n'est autre qu'une annexe du canal de Beagle. Mais avant je fais un détour par la Laguna negra parce que le nom m'intrigue. Le panneau indique 15 minutes pour le trajet aller. Et le détour vaut la peine. Parce que la Laguna negra est en réalité une tourbière et j'apprends à l'occasion que 90% des tourbières se trouvent en Terre de feu. Contrairement à la Laguna verde dont le nom trahit la couleur, la Laguna negra est effectivement noire, bien plus noire que le ciel qui continue d'être clément.

Le chemin qui longe toute la baie Lapataia fait 8 km de long. Il est à la fois monotone et très varié. Sur l'échelle de la difficulté, il est considéré comme moyen, sans doute à cause des quelques montées dont on se passerait bien quand 6 km sont déjà accumulés dans les pieds. En partant de l'ouest, la première partie se fait dans une forêt très clairsemée avec beaucoup d'arbres morts qui jonchent le sol et nourrissent la terre au fur et à mesure qu'ils meurent un peu plus. Il en est ainsi jusqu'au premier contact direct avec la baie. Un peu de verdure au sol et hop, un lapin surgit. Ensuite, la forêt est beaucoup plus dense. Les arbres sont jeunes et bien que l'été se fasse clairement sentir, le sol est pailleté de feuilles jaunes minuscules tombées pendant l'hiver et pas encore transformées en humus. Les lengas sont habillés de "barbas de viejos", sortes de fils qui poussent en touffes sur les troncs et sont un signe que l'air est pur. C'est le moment de respirer à pleins poumons ! Le ballet d'oiseaux est incessant, comme depuis le matin. Certains ne sont pas farouches du tout. Une des espèces creuse le sol avec son bec, sans doute à la recherche de vers. D'autres sont minuscules mais pleins de vigueur. Un petit jaune de différentes nuances se pose de temps à autre, mais jamais assez longtemps et trop loin pour être photographié. Quant au bleu et blanc, il passe apparemment sa journée à voler au ras du sol ou de l'eau en virevoltant avec bien plus d'agilité qu'un Falcon. Sur une partie du chemin, du vert à hauteur humaine fait son apparition. Ces plantes ressemblent à du rhododendron. Quand je croise le panneau qui indique 4 km, je comprends que j'ai parcouru la moitié. Un moment de découragement, mais je n'ai pas le choix, il n'y a aucun chemin de traverse pour rejoindre la route. Alors en avant !

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La nature est généreuse. Sur le dernier tronçon, trois piverts à crête rouge sont à proximité du sentier et je crois reconnaître des petits faucons qui tournent plus haut dans les airs. Un autre lapin bondit quand il m'entend approcher. Les photos ne témoignent pas de ces derniers événements, mais ils réjouissent la randonneuse un peu fourbue et aussi très remplie par ces bonheurs très simples. Le bout de la baie semble être à portée de chaussure à tout moment. Et pourtant, encore un virage, encore une montée pour mieux revenir vers le rivage où sont plantées deux oies de Patagonie (photo !). Enfin un panneau qui ordonne aux héros du jour d'emprunter ce chemin pour aller vers le parking plutôt que celui dessiné par des marcheurs fourbus qui ont voulu couper dans la dernière ligne droite.

Il me reste une demi-heure avant l'arrivée du bus. Pas un endroit pour prendre un verre. Le seul équipement : des toilettes chimiques. Surprise. Ma journée se termine accompagnée du bateau de croisière vu à Ushuaïa ce matin. Il navigue vers le Pacifique où d'autres aventures l'attendent. Et alors que je le vois s'éloigner, je perçois aussi la pluie qui tombe plus loin. L'air devient soudain très frais, je remets des couches. Juste à temps, la pluie se met à tomber comme je ne l'ai encore jamais vue depuis mon arrivée. Alors, le bus, viendra, viendra pas ? Le seul endroit pour s'abriter sont donc les toilettes chimiques qui dégagent bizarrement une odeur agréable. Vient se greffer un couple d'Anglais croisé plus tôt sur le sentier. Le bus viendra et je rentre à Ushuaïa les mollets confits mais les yeux émerveillés.

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10 janvier 2012

Journée culturelle pour échapper au froid

Hier, ma casquette n'aurait pas été de trop. Aujourd'hui, le bonnet s'impose ! Environ 8°C et beaucoup de vent, ciel nuageux. Avec deux polaires, je suis parée pour affronter le froid. Mais quel souvenir aurais-je gardé d'Ushuaïa si je n'avais pas connu tous les temps ? Seule l'averse de neige en plein été n'aura pas été au rendez-vous. C'est donc une journée parfaite pour arpenter les musées.

Je commence par me recueillir à la iglesia de la Merced. A mon grand étonnement, l'histoire n'a laissé aucune trace ici. Même pas un panneau pour dire que ce sont les prisonniers qui ont construit l'église. Sans doute a-t-elle été reconstruite depuis ? Direction ensuite le musée Yamana. Je ne comprenais pas d'où venait ce nom Yamana. Le seul nom indigène du coin ressemblant était Yaghan. J'ai la réponse. En réalité, les indigènes vivant dans cette partie de la Terre de feu s'appelaient les Yamanas. Mais ce bon M. Thomas Bridges, en parfait ex-missionnaire, n'a pas pu s'empêcher de changer le nom et de le transformer en Yaghan. Les ancêtres de ces indigènes se sont donc établis ici il y a 7000 ans. Il y avait quatre ethnies différentes, mais les Yaghans étaient installés sur les terres les plus australes. Ils y vécurent tellement en paix qu'il n'y avait pas de chef et que hommes et femmes avaient les mêmes droits. Les couples devaient d'ailleurs être parfaitement coordonnés lorsqu'ils pêchaient le phoque et la baleine. Car leur principale activité était de se nourrir. Ils mangeaient aussi des cormorans et des pingouins, lesquels étaient tués avec un coup de massue. Chasseurs, ils couraient après les guanacos et pointaient leurs flèches vers les oiseaux.

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Puis sont arrivés les premiers Européens attirés par la présence de baleines et de phoques dont ils entendaient tirer profit, privant ainsi les indigènes d'une partie de leur nourriture. Nomades, les Yaghans se promenaient nus et s'en portaient très biens. Ils vivaient dans des tentes pas encore étanches et se séchaient grâce aux feux qu'ils faisaient à l'intérieur de la tente et sur les canoës avec lesquels ils naviguaient. Et ils bougeaient beaucoup, il était hors de question de s'encombrer de vêtements. Ceux-ci auraient eu du mal à sécher à cause de la pluie fréquente. L'accumulation des détritus alimentaires qu'ils jetaient devant la porte de leur tente était également une raison de bouger. Le jour où le tas était trop haut pour sortir, il fallait construire une tente ailleurs. Les Yaghans régnaient seuls sur cette terre. Puis en 1869, la mission anglicane se pose à Ushuaïa.

A partir de cette date et jusqu'à 1900, les Yaghans sont moins nombreux chaque année, ont moins de terres et cessent d'être nomades. Les maladies apportées par les Européens sont la principale cause de leur disparition. Ces hommes blancs trouvent aussi normal de les vêtir, ce qui a pour conséquence de les rendre malades, car les vêtements ne sèchent pas, les bactéries s'agglutinent et ils tombent comme des mouches. Comment la volonté de civilisation a décimé une population. Les Yaghans étaient 2500 en 1860, ils ne sont plus que 300 en 1893 et en 1907, la Mission s'arrête parce qu'il n'y en a plus. Aujourd'hui, les quelques descendants des Yaghans vivent à Puerto Williams, la ville la plus australe du monde. C'est Magellan qui, en 1520, donna le nom de Terre de feu à cet endroit parce qu'il voyait des feux partout. C'est tout ce qui'l reste d'un peuple qui se croyait propriétaire de sa terre et que les pères transmettaient à leurs fils.

Il fait toujours aussi froid quand je sors. Le musée du bout du monde n'est pas encore ouvert, alors je file au Musée maritime qui occupe l'ancien pénitencier. La structure est la même qu'à la construction. Un plan en étoile, avec cinq pavillons qui partent d'un hall commun pour une meilleure surveillance. Les cellules ont été conservées et le contenu du musée s'est adapté à cet espace parfois restreint. Une aile entière est restée à l'état de cellules, sauf que les portes sont ouvertes. Une galerie d'art s'est installée dans une autre partie avec des peintures assez minables. Quant à l'étage qui accueille le musée des Beaux-Arts, il est agrémenté par de la musique. J'ai observé mes premières peintures marines avec, en fond sonore, un remix de Dalida ! Enfin, la dernière aile est consacrée à la vie d'Ushuaïa autrefois.

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C'est en 1884, date de la fondation de la ville d'Ushuaïa, qu'il est décidé de construire un bagne, à l'image de la France qui a le sien en Nouvelle Calédonie et de l'Angleterre en Australie. Au début, ce ne sont que des baraquements, mais en 1896 arrivent les premiers prisonniers. L'idée était de coloniser l'île. Alors, puisqu'il y a de la main d'oeuvre, l'état va s'en servir ! Ce sont donc les prisonniers eux-mêmes qui vont bâtir leur prison. Et comme il faut les occuper, ils construisent aussi le chemin de fer qui les emmène vers la forêt où ils sont priés de couper du bois ! La prison devient un véritable centre d'activité avec une imprimerie, des ateliers de chaussure, de tailleur. Et quand les bagnards sortent, c'est pour construire des rues et des ponts.

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Il y eut jusqu'à 600 prisonniers. Il faut dire que s'évader n'était pas aisé. Sauf à bénéficier de complicité, l'aventure était impossible et ceux qui y parvenaient étaient repris au bout de quelques jours, affamés et transis par le froid. Quant à ceux qui ne furent pas rattrapés (peu nombreux), on ne sut jamais s'ils survécurent ou s'ils périrent. En 1947, le bagne fut fermé suite à des changements de statuts du gouvernement national. En 1950, la base navale a pris le relais et l'immigration italienne a aidé à maintenir l'activité de la ville.

Il fait toujours aussi froid en sortant, si ce n'est plus. J'ai renoncé au musée du bout du monde et suis rentrée me mettre au chaud où Javier, le patron du B&B, m'a offert un thé comme chaque fois que je suis revenue d'expédition. Il faudra que je lui demande avant de partir pourquoi il a appelé son business Martin Fierro. C'est en tout cas une adresse très chaleureuse.

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Mon séjour à Ushuaïa s'achève. Demain matin, je pars en bus pour Punta Arenas. Les gens de là-bas me diront-ils aussi que l'agence untel ou le supermarché untel est à trois "cuadras". Le block américain s'est bien exporté. Mais je pense que la grande ville du sud du Chili sera trop loin de l'Antartique pour promener des hommes déguisés en pingouins devant ses magasins afin d'y attirer le chaland. A Ushuaïa, ils ont même le culot d'infliger au pingouin la présence d'un ours ! Comme si l'ours était aux portes de la ville ! En attendant, il a fait aujourd'hui 40°C à Buenos Aires et déjà les prévisions pour la récolte de soja et de maïs sont mauvaises. Gare aux prix qui vont monter partout dans le monde. C'en est finit de l'Argentine pour le moment. En regardant la carte météo du sud du pays dans un journal, j'avais l'impression de voir l'Espagne amputée du portugal. Comme si il manquait une pièce de puzzle. Faites l'expérience, vous verrez que quelque chose cloche.

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11 janvier 2012

Adieu Terre de feu, bonjour Patagonie

Aujourd'hui est donc une journée de voyage. Départ ce matin d'Ushuaïa à 7 heures sous un très beau soleil mais encore beaucoup de vent. La première partie de la route, je le connais déjà puisque je l'ai empruntée pour revenir de l'estancia Harberton. Mais dans l'autre sens, la vision est toujours différente. La route est parfaitement ajustée entre les montagnes qui alternent entre triangles pointus et entièrement rocheux et montagnes arrondies qui se laissent gagner par la végétation jusqu'à une certaine hauteur. Sur la plaine qui s'étend au pied des montagnes, il n'y a aucune culture. Quand nous commençons à descendre, le paysage s'élargit, la forêt est partout et les montagnes sont toujours présentes mais plus lointaines. A certains endroits, des hectares de forêts ont disparu. De la coupe bien nette car il reste les souches et quelques troncs morts qui persistent à se tenir debouts alors qu'ils seraient mieux couchés. Mais ça donne une touche de relief à ces espaces désolés.

Nous arrivons assez rapidement à Tolhuin. Changement de décor. Plus de montagne, la route est plate et l'horizon dégagé. Les forêts sont toujours présentes, éventuellement couvrent des collines. Les premières clôtures font leur apparition, mais où sont passés les moutons ? Les premiers animaux que je vois sont des guanacos. Mais si, les moutons sont là, un petit groupe bien au chaud dans son vêtement de laine. Puis les clôtures disparaissent, la forêt de nouveau couverte de "barbas de viejos". Le vert des feuillages perd de son intensité avec la prolifération de ces fils blancs qui ne poussent pas uniquement sur les troncs mais aussi sur les branches et au milieu des feuilles. Qu'il doit faire bon vivre dans cet air pur ! Pourtant, il n'y a personne ! Une entrée de ranch de temps en temps.

Puis nous longeons la mer. Je n'ai pas vu l'endroit où la forêt cède la place à la pampa. En cause : l'assoupissement ! La pampa, c'est plat. Ca ressemble à la Beauce, mais la Beauce est plus animée parce que plus colorée surtout au moment des cultures. Trois heures après notre départ d'Ushuaïa, nous laissons Rio Grande sur notre droite pour filer vers San Sebastian, passage de la frontière. Nous avons mis 3 heures pour faire 300 kilomètres. A l'entrée du territoire de Rio Grande, Renault se proclame fournisseur de l'Atlantique sur un panneau très laid. L'Atlantique revient peu après. L'eau est verte, de ce vert qui entoure souvent les îles considérées comme paradisiaques. Un groupe de chevaux, quelques moutons, des maisons en construction ou jamais finies de construire, ici ou là des collines puis la platitude du paysage. Pas un arbre à des kilomètres. Un troupeau de vaches près de l'entrée d'une estancia. C'est triste et je comprends que ce soit vide. L'Atlantique a pris une couleur gris-marron beaucoup moins engageante.

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Il est 10h30 et nous sommes à San Sebastian. Tout le monde descend pour présenter son passeport aux douaniers argentins et recevoir un tampon de sortie du pays. L'air de rien, l'un d'eux promène son chien au milieu des voyageurs. Pourtant l'ambiance est détendue, les douaniers travaillent avec un fond sonore un peu excité avec un volume sans discrétion. Deux cyclistes passent. Quel courage pour pédaler avec ce vent. Car si le soleil brille toujours, le vent est déchaîné. Je profite pour faire une photo car la journée sera pauvre ! Nous remontons dans le bus et hop, il faut redescendre. Chacun doit reprendre son bagage et le passer dans un scanner ! Le moindre sac est ausculté. La liste des objets interdits inclut les fruits et légumes que certains s'empressent de manger dans le car pendant que les autres passent déjà leur sac au scanner ! Un perroquet ne doit pas passer inaperçu, mais comment font-ils pour repérer des graines dans tous ces sacs à dos ? L'opération aura pris presque une heure. Jusqu'au poste frontière chilien, les moutons sont en surnombre. Est-ce qu'ils pensent échapper à la tonte dans cette zone à la propriété un peu floue ?

Nous sommes au poste chilien à 11h45. Du jamais vu. Un employé du bus prend tous nos passeports mais nous n'avons pas besoin de descendre... sauf pour acheter à manger ou... faire une photo ! Je vois quelques personnes avec des fruits et je me demande comment elles ont fait pour passer la douane argentine. Alors que je me croyais tranquille, rebelote. Il faut descendre et sortir nos sacs. Il y a un scanner pour ceux qui entrent au Chili et ceux qui sortent du Chili... mais pas suffisamment de douaniers. Quand ils sont d'un côté, ils ne sont pas de l'autre ! Une partie d'entre nous patiente donc dans le vent. Le douanier prévient qu'il est encore temps de déclarer un animal caché parce que une fois scanné, c'est l'amende ! Allez, sortez le chihuahua ! Le temps s'est assombri, mais il ne pleut pas. Nous repartons à 13h15 après avoir récupéré le passeport sur lequel le tampon précise : policia de investigaciones, control migratorio. Allez comprendre.

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Jusqu'à présent, la route était asphaltée, elle ne l'est plus. Heureusement que le bus est confortable. Toute la partie chilienne de la Terre de feu est ainsi. Alors que côté argentin, il y a deux grandes villes et une belle route pour les relier, côté chilien, c'est le vide total. Bêêêê bêêê, pampa, pampa, plat et plat. Un petit peu vallonné par moments. La végétation est rare. Du rien verdâtre, on passe parfois aux petits arbustes empêchés de grandir par le vent. Le vide me fait penser à la traversée du Wyoming, mais  l'ouest sauvage américain est bien plus beau. Le vide de la Terre de feu est déprimant. Pourtant, comme au Wyoming, des gens habitent ici. Il suffit de regarder les clôtures sur le bord des routes qui délimitent des territoires privés. Même les moutons semblent déprimés. iRepliés sur eux-mêmes, ils se protègent du vent dans des creux où plus aucune végétation ne pousse.

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A 15h45, nous sommes devant la Bahia Azul où nous prenons un ferry pour entrer en Patagonie. Je pensais que nous passerions par Porvenir, mais la mauvaise qualité de la route et le volume du trafic pour la traversée doivent faire choisir un autre itinéraire aux compagnies de bus. A 16h30, nous sommes de l'autre côté. Bonheur : j'ai vu des dauphins. Une espèce blanche et noire, très petite et très vigoureuse. Nous laissons la Bahia Azul qui est d'ailleurs verte et prenons la route de Punta Arenas. Retour à l'asphalte, arrivée dans une grande ville qui au premier abord ne me plaît pas. Il est à peine 19 heures, tout est fermé ou presque et ils sont tous rentrés chez eux parce que les rues sont vides. Demain sera un autre jour.

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12 janvier 2012

Punta Arenas jusqu'à Fuerte Bulnes

Me voici donc en Patagonie. Punta Arenas est une grande ville très étendue de 130000 habitants. A mon arrivée hier, elle ne m'a pas séduite. Mais ce matin, sous le soleil, je commence à l'apprivoiser. J'ai pris le temps d'organiser mon séjour, de décider de sa durée avant de me lancer dans une quelconque expédition. La location de voiture a été vite réglée : il n'y en avait plus aucune de disponible !

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Première étape : le cimetière. Drôle de visite, je sais. Pourtant l'endroit est recommandé par le guide et par celles et ceux qui connaissent la ville. Pourquoi ? Parce qu'il est rempli de tombes plus imposantes les unes que les autres du fait que beaucoup d'argent a circulé dans la ville. Les éleveurs de moutons ont fait fortune et ça se voit particulièrement au cimetière. Chaque population immigrée possède son carré. Evidemment, je n'ai pas trouvé la zone française. Mais les emplacements allemand, croate et anglais oui. C'est pourtant du côté des noms espagnols que les tombes sont grandioses. Encore que les Yougoslaves de l'époque en imposent aussi. Certaines sont de gros blocs de béton, mais d'autres se sont inspirées des tombeaux égyptiens voire des architectes modernes.

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"Ouvre-moi la porte, toi qui a la clé"... Mais il suffit souvent de regarder à travers la porte qui laisse passer de la lumière à l'intérieur et expose ainsi les morts aux regards extérieurs, tour à tour moqueurs, songeurs, admiratifs. Certaines comptent jusqu'à 10 emplacements ! D'autres disposent même d'un tapis pour les visiteurs familiaux et d'un autel pour se recueillir. Bien entendu, des centaines d'autres tombes sont d'une parfaite banalité, voire délabrées.

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La statue d'un Indien attire les foules. El indio desconocido, tel notre soldat inconnu, est remercié toujours par la même formule gravée sur une plaque : gracias indiecito por favor concebido, avec un ajout un peu plus personnel s'il s'agit de santé, d'aide morale ou de miracle ! Chaque allée apporte son lot de variété architecturale et seuls le mal de pied et un autre rendez-vous me font quitter le lieu.

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Tout près, sur l'avenue Bulnes, les éleveurs de moutons ont leur monument. Il faut être patient pour faire une photo vide de gens, seulement avec les moutons, le cheval, le chien et le berger ! Les jeunes enfants commencent par monter sur les moutons avant de se faire hisser à bout de bras sur le cheval d'où ils disent d'un air plaintif : tengo miedo ! Mais papa veut faire la photo, alors le petit doit encore rester. Ensuite papa veut lui aussi être pris en photo avec le berger, le cheval, les moutons ou les trois à la suite. Et comme les enfants sont petits, ils tremblent, il faut refaire la photo. Patience, patience, il n'y a que cela de vrai en vacances.

Alors que l'avenue Bulnes est digne d'une grande avenue parisienne dans sa largeur, pourvue d'un terre plein central planté de magnifiques arbres, elle est bordée de maisons tout à fait ordinaires, quand elles ne sont pas vieillies par le temps. Le reste de la ville est à l'avenant. Les rues sont larges, donnant une sensation de grandeur, mais les bâtiments n'ont aucune noblesse. Et un calme très inquiétant y règne en permanence, du moins dans le centre. Mais les Chiliens sont des gens calmes. Pas un automobiliste n'a essayé de me renverser quand je traversais la rue en ayant déjà posé un pied sur le bitume. Ils sont au contraire très respectueux des piétons. En dehors de la plaza de Armas, aussi connue sous le nom de plaza Munoz Gamero, où sont concentrés de beaux édifices majestueux, ailleurs, l'architecture n'est pas à la hauteur. Et il n'y a pas d'unité non plus. Dans un même "bloc", puisque le plan de la ville est en damier, un magasin peut être voisin d'un immeuble qui semble abandonné. L'ensemble manque de modernité apparente, ce qui fait un choc après Ushuaïa, tellement à la pointe au bout de la terre. Certes, je n'ai pas tout exploré et je me réserve le droit de changer d'opinion quand j'aurai un peu plus arpenté la ville. Mais il va falloir patienter car cet après-midi, je suis partie à 60 km au sud.

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Pourquoi aller à Fuerte Bulnes ? Parce que c'est le bout de la route vers le sud à partir de Punta Arenas et parce que c'est le premier endroit où se sont installés des Chiliens dans le détroit de Magellan. Le fort a été construit en 1843 et abandonné en... 1850. Diable, que s'est-il passé ? Pas un mot sur les panneaux d'information. Le fort a bien entendu été rénové pour être visité et se dresse à la pointe de Santa Ana devant le détroit de Magellan. En face, la gigantesque île Dawson. Le fort consiste en plusieurs baraquements et une chapelle pourvue de bancs et d'un autel. Alors, pourquoi sont-ils partis si vite ? Bien qu'à 60 km seulement de Punta Arenas, l'endroit est beaucoup plus froid. Il n'y avait pas d'eau potable à l'époque et apporter tous les biens nécessaires était une expédition périlleuse. En fait, ils se sont surtout gelés et ont décidé de laisser tomber. Mais la fierté patriotique empêche de l'avouer. La seule explication qu'on devine en lisant les informations, c'est qu'en 1848 Punta Arenas a été fondée. Le lieu est battu par les vents, mais le soleil du jour permet d'y séjourner sans être frigorifié et d'y observer les changements de couleur au gré du passage des nuages.

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En bas de la pointe, des dizaines de troncs se sont échoués. Quel voyage ont-ils fait ? Repartiront-ils un jour avec une marée plus forte ? Un phoque mort git sur les rochers, attendant de se décomposer pendant que les cormorans volent en groupe au ras de l'eau avant d'entamer une montée coordonnée vers le ciel. Le contraste entre le blanc des troncs d'arbre, la mer verte et le noir des montagnes de la péninsule qui continue plus au sud est un enchantement renouvelé.

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Un porte container est sorti de Punta Arenas et vogue sur le détroit. Va-t-il à Ushuaïa ou prendra-t-il la route du Pacifique ? Le capitaine ne m'entend pas lui poser la question et ne peut me répondre. Dommage car le voir braver la mer me fait rêver.

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Pour rejoindre le fort, qui va le croire, je suis passée au centre du Chili. Si, si. Pas dans sa largeur, non, non dans sa longueur. 4000 km vers le nord avec la frontière du Pérou... et 4000 km vers le sud pour rejoindre l'Antartique ! L'exact centre du Chili se trouve donc à une cinquantaine de kilomètres au sud de Punta Arenas. Je peux le dire, j'y suis passée et la photo témoigne. L'étoile blanche marque le centre du pays.

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Retour par la même route qui n'est pour l'instant qu'une piste non asphaltée sur une bonne portion mais qui est en train de se muer en autoroute. Les travailleurs du BTP élargissent, ratissent et bientôt les voitures seront plus nombreuses. Mais puisqu'on vous dit que ce coin du Chili est un congélateur ! En tout cas, pour l'instant, il n'y a pas de problème de circulation, doubler sur la ligne droite n'est pas un souci car la visibilité est totale (alors pourquoi une ligne droite ?), mais le réseau téléphonique a un peu de mal à passer ! La banlieue que nous traversons avant de rejoindre le centre de Punta Arenas est bâtie de jolies maisons qui font face au détroit où des navires qui se sont échoués n'en finissent pas de rouiller ! La pêche ne doit plus beaucoup faire recette non plus si j'en crois le nombre de bateaux garés sur terre.

Demain, Pali Aike est au programme. Un parc volcanique à 200 km au nord de Punta Arenas.

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13 janvier 2012

Pali Aike ou la fournaise du diable

Direction 200 km au nord de Punta Arenas. L'agence avec laquelle je pars passe prendre les volontaires à la randonnée là où ils résident momentanément. Ce qui me donne l'occasion de découvrir un bout de banlieue où les maisons ont toutes des fenêtres grillagées mais ce n'est pas le cas partout. Souvenir du Costa Rica.

La route est celle que j'ai prise dans l'autre sens quand je suis arrivée à Punta Arenas. Déjà, je m'étais fait la réflexion : il n'y a pas de panneau publicitaire. Alors que l'espace est vide et disponible, même s'il s'agit de propriétés privées, pas une seule tentation à la consommation. Il faut être à l'entrée de la ville pour en voir, très timidement et avec une répétition dans la présentation. Le célèbre taureau espagnol qui est devenu un monument national dans la péninsule ibérique pose fièrement au bord de la route portant la mention magallanes.

Notre premier arrêt est pour la estancia San Gregorio, première estancia à s'établir à Punta Arenas. Propriété de la famille Menendez, elle a été pendant longtemps la plus grande estancia de la région. Les descendants de Menendez continuent l'élevage d'ovins, mais se sont aussi diversifiés dans d'autres affaires, en particulier en Argentine où ils détiennent la chaîne de supermarchés "La Anonima" . De l'estancia de la fin du XIXe siècle, il reste d'énormes bâtiments au bord de la route. Les petis-enfants se sont éloignés des regards des passants et ont reconstruit à l'intérieur des terres.

Certes, les estancias sont des domaines de géants, 90000 hectares pour l'estancia San Gregorio, mais il faut admettre que la terre est pauvre. Il en faut donc beaucoup pour nourrir ces milliers de moutons, 120000 à la grande époque de cette estancia fondatrice.

Deux bateaux sont ensablés en face des bâtiments. El Amadeo, bateau à vapeur qui a été armé par Menendez lui-même, a beaucoup contribué au développement de Punta Arenas. Menendez a voulu qu'il reste échoué en face de chez lui et le bateau a été déclaré monument national. Le second, l'Ambassadeur, est un clipper qui a fait la route du thé. Lors d'un voyage qui l'a mené aux Malouines, un incident mécanique l'a fait rester dans la région et il a été finalement acheté par la ville de Punta Arenas. Ces deux mastodontes se désintègrent doucement en rouillant au gré des mouvements du détroit de Magellan.

La route est longue et monotone. L'impression que j'ai eue lors de mon premier passage ne se décolle plus. Nous birfurquons à gauche, il nous reste 40 km de piste jusqu'à l'entrée du parc Pali Aike, parc volcanique de 300000 hectares. L'entrée est marquée par une maison pourvue d'une énorme antenne parabolique. Le préposé aux entrées vit ici pendant dix jours avant de partir se reposer pendant cinq jours. A force de solitude, il a réussi à presque apprivoiser un renard. L'animal s'approche pendant que ses petits jouent à se toucher la tête, faisant le bonheur des appareils photos. Ce n'est que le début du défilé animal.

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Nous faisons un premier arrêt à la laguna Ana, où parfois il n'y a pas d'eau. Mais aujourd'hui, il y en a et le gardien de l'entrée nous a même certifié que les flamants étaient présents. Mais de flamants, point. Nous en verrons deux plus loin en vol. Il ne nous avait donc pas menti. La laguna jette ses reflets sur le désert qui l'entoure, comme pour lui signifier qu'elle ne renoncera pas.

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Nous avons déjà vu des guanacos, mais dans le parc, ils sont nombreux. Sorte de lama, il est souvent au bord de la piste quand il ne la traverse pas devant nous. Il se met alors à courir faisant la démonstration de sa démarche dégingandée. Essayons d'analyser. Alors que les pattes arrière vont vers l'avant, celles de devant ont déjà un temps d'avance et rejoignent celles de derrière. Ce qui a pour résutat de transformer le corps en un triangle l'espace d'une seconde. Pendant ce temps, le cou s'allonge sûrement pour prendre de la vitesse. Mais il n'est pas coordonné avec le reste. A quoi il faut ajouter une forte propension à pencher le cou et le bassin vers la gauche quand il tourne dans cette direction, transformant alors son corps en une courbe qui épouse la tangente de je ne sais quel théorème. On attend le moment où il va se démembrer... ça n'arrive jamais. Le guanaco est par ailleurs sauvage et le restera. Certains ont tenté de commercialiser sa viande pour la mettre dans les plats des restaurants, mais ce fut un échec. Alors le guanaco erre dans ce paysage désertique où il se reproduit et trouve de quoi subsister, sans quoi il serait parti vers d'autres horizons.

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Car pour être désertique, le Pali Aike l'est dans toute son immensité. De la terre brûlée, dont une bonne partie en Argentine, giflée en permanence par le vent. Celui-ci ne laisse aucun répit. Il souffle sans s'arrêter, anéantissant toute chance à une quelconque végétation de s'implanter. Seul le calafate résiste. C'est un tout petit arbuste sur lequel poussent des fruits un peu acides. Nous découvrons en premier lieu la grotte de Pali Aike où furent trouvés des squelettes, preuve de la présence des Tehuelches ou des Aonikenk, indigènes qui vivaient dans cette fournaise. Le paysage s'étend à perte de vue. De la platitude absolue, ponctuée par d'anciens volcans qui barrent l'horizon. A cause de la lumière qui met en valeur une zone et pas d'autres, le lieu me fait penser à la Vallée des Dieux, aussi appelée Petit Monument Valley, dans l'ouest américain. Mais ce serait une Vallée des dieux qui aurait été entièrement rasée et dépouillée de son décor. En dépit du vent, la sensation de sérénité y est identique.

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En allant vers notre premier cratère, je réussis à photographier un nandu, sorte d'autruche qui se débine dès que la voiture approche et cette bestiole court comme si elle entamait un marathon. Un peu plus loin, ce sont deux caranchos ou caracara qui ont décidé de faire une pause dans leur vol.

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Marcher vers le cratère suppose de regarder où l'on met les pieds. Nous évoluons maintenant sur de la lave noire. Le vent est toujours aussi violent, mais il n'est pas froid. Le soleil restera toute la journée derrière les nuages, nous permettant de bénéficier de températures clémentes pour cette promenade impressionnante mais qui n'est pas de tout repos. La montée vers le cratère est assez aisée et une fois au bord, nous sommes protégés. Pause déjeuner avant de repartir vers le sommet. Nous longeons le bord du cratère, soumis aux rafales qui redoublent d'efforts pour nous faire basculer d'un côté ou de l'autre. Il faut vraiment regarder où l'on met les pieds. En bas, la terre n'est plus que lave. Au loin, la végétation reprend ses droits, mêlant ses couleurs verdâtres à la lave qui n'a pas dit son dernier mot.

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De là, nous nous dirigeons vers un autre cratère où a eu lieu une explosion il y a tant d'années qu'on ne les compte plus. La vue de là-haut est époustouflante. Les pieds fatiguent, mais la voiture n'est pas au pied du cratère. Alors, il faut affronter le vent, encore et encore. Et tenir l'appareil photo fermement pour ne pas décadrer. Même sur le plat, Eole réussit à me faire balancer le bassin vers la gauche donnant certainement l'impression au randonneur qui me suit que je m'entraîne à un pas de danse ! Faut-il ou non faire la dernière montée ? C'est du caillou et de la végétation très rase... mais c'est très pentu. Le guide nous assure que nous aurons une vue très dégagée sur tous les lieux où nous sommes passés. Quelques-uns renoncent, d'autres sont des montagnards nés et n'hésitent pas un instant. Je trouve que j'en ai assez fait, mais la tentation de la photo est plus forte. Dure, dure, la montée, tout de même. Non loin de là, un cri surgit. C'est un guanaco qui en poursuit un autre. Problème de territoire ou du jeune qui veut mettre le doyen à la retraite. La journée se termine. Je suis ivre d'avoir autant respirée et d'avoir été fouettée par le vent sans interruption. Plus un mot dans la voiture, tout le monde pique un somme.

Posté par test68 à 22:30 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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