Me voici donc en Patagonie. Punta Arenas est une grande ville très étendue de 130000 habitants. A mon arrivée hier, elle ne m'a pas séduite. Mais ce matin, sous le soleil, je commence à l'apprivoiser. J'ai pris le temps d'organiser mon séjour, de décider de sa durée avant de me lancer dans une quelconque expédition. La location de voiture a été vite réglée : il n'y en avait plus aucune de disponible !

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Première étape : le cimetière. Drôle de visite, je sais. Pourtant l'endroit est recommandé par le guide et par celles et ceux qui connaissent la ville. Pourquoi ? Parce qu'il est rempli de tombes plus imposantes les unes que les autres du fait que beaucoup d'argent a circulé dans la ville. Les éleveurs de moutons ont fait fortune et ça se voit particulièrement au cimetière. Chaque population immigrée possède son carré. Evidemment, je n'ai pas trouvé la zone française. Mais les emplacements allemand, croate et anglais oui. C'est pourtant du côté des noms espagnols que les tombes sont grandioses. Encore que les Yougoslaves de l'époque en imposent aussi. Certaines sont de gros blocs de béton, mais d'autres se sont inspirées des tombeaux égyptiens voire des architectes modernes.

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"Ouvre-moi la porte, toi qui a la clé"... Mais il suffit souvent de regarder à travers la porte qui laisse passer de la lumière à l'intérieur et expose ainsi les morts aux regards extérieurs, tour à tour moqueurs, songeurs, admiratifs. Certaines comptent jusqu'à 10 emplacements ! D'autres disposent même d'un tapis pour les visiteurs familiaux et d'un autel pour se recueillir. Bien entendu, des centaines d'autres tombes sont d'une parfaite banalité, voire délabrées.

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La statue d'un Indien attire les foules. El indio desconocido, tel notre soldat inconnu, est remercié toujours par la même formule gravée sur une plaque : gracias indiecito por favor concebido, avec un ajout un peu plus personnel s'il s'agit de santé, d'aide morale ou de miracle ! Chaque allée apporte son lot de variété architecturale et seuls le mal de pied et un autre rendez-vous me font quitter le lieu.

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Tout près, sur l'avenue Bulnes, les éleveurs de moutons ont leur monument. Il faut être patient pour faire une photo vide de gens, seulement avec les moutons, le cheval, le chien et le berger ! Les jeunes enfants commencent par monter sur les moutons avant de se faire hisser à bout de bras sur le cheval d'où ils disent d'un air plaintif : tengo miedo ! Mais papa veut faire la photo, alors le petit doit encore rester. Ensuite papa veut lui aussi être pris en photo avec le berger, le cheval, les moutons ou les trois à la suite. Et comme les enfants sont petits, ils tremblent, il faut refaire la photo. Patience, patience, il n'y a que cela de vrai en vacances.

Alors que l'avenue Bulnes est digne d'une grande avenue parisienne dans sa largeur, pourvue d'un terre plein central planté de magnifiques arbres, elle est bordée de maisons tout à fait ordinaires, quand elles ne sont pas vieillies par le temps. Le reste de la ville est à l'avenant. Les rues sont larges, donnant une sensation de grandeur, mais les bâtiments n'ont aucune noblesse. Et un calme très inquiétant y règne en permanence, du moins dans le centre. Mais les Chiliens sont des gens calmes. Pas un automobiliste n'a essayé de me renverser quand je traversais la rue en ayant déjà posé un pied sur le bitume. Ils sont au contraire très respectueux des piétons. En dehors de la plaza de Armas, aussi connue sous le nom de plaza Munoz Gamero, où sont concentrés de beaux édifices majestueux, ailleurs, l'architecture n'est pas à la hauteur. Et il n'y a pas d'unité non plus. Dans un même "bloc", puisque le plan de la ville est en damier, un magasin peut être voisin d'un immeuble qui semble abandonné. L'ensemble manque de modernité apparente, ce qui fait un choc après Ushuaïa, tellement à la pointe au bout de la terre. Certes, je n'ai pas tout exploré et je me réserve le droit de changer d'opinion quand j'aurai un peu plus arpenté la ville. Mais il va falloir patienter car cet après-midi, je suis partie à 60 km au sud.

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Pourquoi aller à Fuerte Bulnes ? Parce que c'est le bout de la route vers le sud à partir de Punta Arenas et parce que c'est le premier endroit où se sont installés des Chiliens dans le détroit de Magellan. Le fort a été construit en 1843 et abandonné en... 1850. Diable, que s'est-il passé ? Pas un mot sur les panneaux d'information. Le fort a bien entendu été rénové pour être visité et se dresse à la pointe de Santa Ana devant le détroit de Magellan. En face, la gigantesque île Dawson. Le fort consiste en plusieurs baraquements et une chapelle pourvue de bancs et d'un autel. Alors, pourquoi sont-ils partis si vite ? Bien qu'à 60 km seulement de Punta Arenas, l'endroit est beaucoup plus froid. Il n'y avait pas d'eau potable à l'époque et apporter tous les biens nécessaires était une expédition périlleuse. En fait, ils se sont surtout gelés et ont décidé de laisser tomber. Mais la fierté patriotique empêche de l'avouer. La seule explication qu'on devine en lisant les informations, c'est qu'en 1848 Punta Arenas a été fondée. Le lieu est battu par les vents, mais le soleil du jour permet d'y séjourner sans être frigorifié et d'y observer les changements de couleur au gré du passage des nuages.

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En bas de la pointe, des dizaines de troncs se sont échoués. Quel voyage ont-ils fait ? Repartiront-ils un jour avec une marée plus forte ? Un phoque mort git sur les rochers, attendant de se décomposer pendant que les cormorans volent en groupe au ras de l'eau avant d'entamer une montée coordonnée vers le ciel. Le contraste entre le blanc des troncs d'arbre, la mer verte et le noir des montagnes de la péninsule qui continue plus au sud est un enchantement renouvelé.

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Un porte container est sorti de Punta Arenas et vogue sur le détroit. Va-t-il à Ushuaïa ou prendra-t-il la route du Pacifique ? Le capitaine ne m'entend pas lui poser la question et ne peut me répondre. Dommage car le voir braver la mer me fait rêver.

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Pour rejoindre le fort, qui va le croire, je suis passée au centre du Chili. Si, si. Pas dans sa largeur, non, non dans sa longueur. 4000 km vers le nord avec la frontière du Pérou... et 4000 km vers le sud pour rejoindre l'Antartique ! L'exact centre du Chili se trouve donc à une cinquantaine de kilomètres au sud de Punta Arenas. Je peux le dire, j'y suis passée et la photo témoigne. L'étoile blanche marque le centre du pays.

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Retour par la même route qui n'est pour l'instant qu'une piste non asphaltée sur une bonne portion mais qui est en train de se muer en autoroute. Les travailleurs du BTP élargissent, ratissent et bientôt les voitures seront plus nombreuses. Mais puisqu'on vous dit que ce coin du Chili est un congélateur ! En tout cas, pour l'instant, il n'y a pas de problème de circulation, doubler sur la ligne droite n'est pas un souci car la visibilité est totale (alors pourquoi une ligne droite ?), mais le réseau téléphonique a un peu de mal à passer ! La banlieue que nous traversons avant de rejoindre le centre de Punta Arenas est bâtie de jolies maisons qui font face au détroit où des navires qui se sont échoués n'en finissent pas de rouiller ! La pêche ne doit plus beaucoup faire recette non plus si j'en crois le nombre de bateaux garés sur terre.

Demain, Pali Aike est au programme. Un parc volcanique à 200 km au nord de Punta Arenas.