La journée a mal commencé. Disons même qu'elle avait mal commencé la veille au soir puisque l'expédition pour voir les pingouins qui devait me sortir de mon lit à l'aube a été annulée en raison de vents trop forts pour naviguer. Et ce matin, il pleut. J'ai donc pris ces événements avec sérénité et je me suis dit que c'était le bon moment pour commencer à mettre des photos sur le blog. Inutile de souhaiter qu'il pleuve tous les jours pour que je me consacre à cette activité. Quand j'ai estimé que j'avais suffisamment nourri le blog, il faisait beau, le soleil était revenu !

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J'ai arpenté les rues de Punta Arenas et j'en ai profité pour faire des photos dans une lumière d'après pluie qui donne toujours d'excellents résultats. Ma promenade un peu prolongée confirme mes premières impressions. Cette ville est une ville morte. Il est vrai que LA rue commerçante a été transformée en douve que des ouvriers sont en train de combler. Sans doute ont-ils enfoui quelques câbles. Alors, bien sûr, elle n'est pas très engageante. Mais en dehors de cela, dès que l'on met les pieds hors du centre historique qui tourne autour de la plaza de armas, tout est vide et dépeuplé. Quelques magasins sont perdus dans des rues d'habitation, mais il y a aussi des ateliers, de grands bâtiments sans humanité.

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Quant à trouver une carte postale pour le collègue qui rêve de venir ici, c'est un parcours du combattant. Aucun magasin de souvenirs visible. J'en trouve quelques-uns par hasard. Je table donc sur les roulottes sur la plaza de armas qui vendent des produits touristiques. Environ 90% des cartes postales vantent la beauté du cap Horn, du parc Torres del Paine, de l'Antartique, des pingouins. Deux cartes postales montrent Punta Arenas. Comment une ville mythique ne se sert-elle pas de son potentiel pour se faire connaître ? Ca me renvoie à la réponse de mon guide hier à qui je demandais pourquoi la partie argentine de la Terre de feu était tellement mieux développée que la partie chilienne. Hormis les facteurs géographiques (la partie chilienne n'est qu'une succession d'hectares de terre où rien ne pousse alors que la partie argentine dispose d'une chaîne de montagnes), la politique joue aussi un rôle. Il semblerait que les Argentins aient la capacité à attirer des gens dans les endroits les plus improbables, ce que ne savent pas faire les Chiliens. Punta Arenas n'a pas de magasin inutile, rien n'est superflu. D'ailleurs certains sont fermés alors que nous sommes samedi. En revanche, ce que les Chiliens savent faire, c'est de ne pas se laisser envahir par la langue anglaise. Je suis stupéfaite de voir que les parkings sont signalés par un E, pour estacionamiento.

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Il y a peu de musées, mais j'ai décidé de pousser la porte de l'un d'eux. Le Palais Menendez-Braun. Il s'agit de la demeure des pionniers de Punta Arenas. Le fameux Menendez dont j'ai déjà parlé et les Braun qui étaient des Lituaniens venus exercer leurs talents de commerçants jusqu'ici. La seule condition a été qu'ils se convertissent au catholicisme. L'hôtel particulier est majestueux, encore meublé de l'époque. C'était le temps où le billard et autres jeux était réservé aux hommes et cette pièce respire la masculinité. La chambre est immense, tout comme la salle de bains. L'opulence dans laquelle vivaient ces éleveurs d'ovins est perceptible derrière chaque porte. Le reste du palais a été transformé en petit musée qui n'en raconte pas plus sur le peuplement de la Terre de feu que ce qu'il y a à Ushuaïa.

Passage ensuite par un supermarché en vue de ma randonnée qui commencera dans deux jours. Au moins trois vigiles arpentent le magasin dans lequel le client est accueilli par les rayons de pâte. Le marketing n'a pas dû sévir, d'autant que la vente de journaux est à l'extérieur. Je découvre l'exististence d'un journal dont le nom est : el pinguino ! Par ailleurs, des femmes vêtues d'une polaire blanche sont plantées au bout des caisses et mettent les articles dans les sacs. Mais ce ne sont pas des personnes âgées comme aux Etats-Unis.

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Fini la ville, il est temps de prendre le large. Les pingouins le matin, ce n'était pas possible. Eh bien, ce sera les pingouins l'après-midi. Il suffit de changer d'agence et comme celle-ci emmène les pingouins que nous sommes en ferry, il n'y a pas de risque de ne pas pouvoir naviguer. En fait, c'est le ferry qui assure la traversée entre Punta Arenas et Porvenir. Une fois qu'il a fait ses deux allers-retours de la journée, il emmène les touristes sur la isla Magdalena voir les pingouins. A l'agence, on me dit que je peux rejoindre le port où mouille le ferry en collectivo, sorte de taxi partagé. Trois passent qui sont pleins. Il faut guetter le bon numéro, car le numéro indique la direction. C'est aussi compliqué que de prendre le bus quand on ne connaît pas Paris. Une autre touriste attend au même endroit que moi et arrive une famille de trois. Cette dernière arrête un taxi au bout de dix minutes d'attente et me propose de monter car le chauffeur est d'accord pour embarquer cinq personnes. La famille se définit comme écossaise, l'autre personne suisse.

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Le voyage vers l'île est un peu long. Deux heures où l'horizon est plat. Je m'installe à l'extérieur en espérant voir des dauphins, mais rien. Puis l'île se rapproche. C'est un gros caillou dégarni surmonté d'un phare. Mais où sont les pingouins se demandent les pingouins sur le bateau ? L'avantage du zoom, c'est de les voir avant les autres. Ils sont là par milliers. Un total de 60000 individus viennent tous les ans se reproduire sur cette île. Les premiers arrivent en septembre et fin avril ils sont tous repartis vers les côtes brésiliennes. La raison qui les amène ici, c'est la lumière dont ils ont besoin pour se reproduire. A 22 heures, il fait encore jour et le soleil se lève dès 4 heures du matin. Luminothérapie parfaite. Les mâles assurent. Ce sont eux qui touchent l'île en premier pour retrouver la maison et la mettre au propre afin que madame y mette bas. Car les pingouins reviennent toujours au même endroit, tout comme ils gardent la même femme toute leur vie. Les bébés repartent les premiers, sachant qu'ils ne seront plus des bébés. Et les adultes s'en vont en dernier, non pas pour fermer la maison mais parce qu'ils ont besoin de reconstituer des forces avant de faire le voyage. Ils auront passer plusieurs mois à nourrir leurs petits et auront donc maigri.

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Ils sont 60000, nous sommes environ 200. Ca me paraît beaucoup, mais ça ne l'est pas tant. L'île est classée monument national et géré par la Conaf. Un sentier a été aménagé, bordé par des cordes. Des recommandations sont données car les pingouins marchent aussi sur le sentier, pour aller pêcher, par exemple. Le groupe d'adolescentes chiliennes au dérèglement hormonal accentué n'a évidemment pas le comportement adéquat et je jubile quand l'une d'elles se fait mordre par un pingouin qu'elle a trop chatouillé. On nous dit de rester à un mètre, de ne pas s'approcher plus. Ils sont des dizaines, et des adultes aux hormones normalement stabilisées, à s'en approcher le plus possible pour être pris en photo. Certains sortent un journal de leur pays et se font tirer le portrait avec, font semblant de les nourrir en leur tendant un caillou. Des pingouins, quoi...

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Les vrais, eux, sont un trésor à observer. Les bébés ont déjà grandi mais certains restent à l'état de peluche. Des plus grands sont en train de perdre leur pelage de jeunesse. Pas tout à fait adulte, mais plus tout à fait jeunes. Ici ou là, un pingouin commence à étirer le cou, ouvre grand le bec en le poussant vers le haut et se met à crier. Comme les fous de Bassan, ils se reconnaissent à l'ouïe. Un petit se fait rabrouer par sa mère qui, d'un coup d'aile, le renvoie au nid. Un adulte descend vers le chemin en marche arrière, et crac, sans prévenir lâche ses besoins liquides. Un mâle enlace sa belle en se servant de son aile pour l'inciter à avancer. Un couple se chamaille, attention, les coups d'ailes font des claquements qu'on aimerait pas recevoir. Il y en a partout, il faudrait avoir des yeux derrière la tête. Ici, un couple fait l'amour, un autre se bécote.

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Là, une famille est à l'entrée de son nid, tout le monde debout et peut-être les parents expliquent-ils aux petits que dans trois mois, ils devront partir vers des contrées plus chaudes. Lesquels petits sont capables d'assaillir père et mère quand ils ont faim, cherchant à mettre leur bec dans celui de leur père nourrisseur qui ne se laisse pas faire pour autant. Je pourrais rester des heures à les observer, mais l'arrêt prévu est d'une heure. Deux personnes de la Conaf marchent avec nous et répondent aux questions. J'apprends ainsi qu'un pingouin vit en moyenne 25 ans. Il est 20 heures, allez encore une photo d'un petit qui s'épouille, puis d'un entrelacement de têtes qui se câlinent. J'ai fait mieux que l'autre jour, je n'ai fait que 100 photos !

Le retour est plus long que l'aller, en partie parce que le ferry se brise vraiment sur les vagues et que les embruns sont trop abondant pour être à l'extérieur. Je patiente en m'émerveillant devant les gros plans que j'ai pris. Surprise à l'arrivée. Je pensais qu'il y aurait des taxis et des collectivos en nombre suffisant pour tout ce monde. Rien de tout cela. Alors, comme d'autres, je commence à marcher. Des collectivos apparaissent mais se remplissent parfois en une seule fournée. En ce qui me concerne, une voiture s'arrête et me propose de m'emmener ! Un couple est venu chercher sa fille. Je me sens en sécurité et monte. Nous discutons de mon voyage, de mon espagnol d'Espagne, du passage de la vie de journaliste à practicien de thérapies manuelles (reconversion du monsieur). Et nous sommes dans le centre. Petit moment chaleureux avec un accent qui n'était pas trop difficile à comprendre parce que hier, je décryptais le chauffeur qui nous a emmenés à Pali Aike en lisant sur ses lèvres. Etamo n'Chile !