Départ pour El Calafate est à 11 heures sous un ciel de nouveau très bleu. Bus à double étage, j'ai un siège en haut près d'une fenêtre... et la vitre est propre ce qui permettra de faire quelques photos en route. Ouf ! Alors que nous devons traverser la frontière à Cerro Castillo où le bus pour Torres del Paine passait, nous ne prenons pas la même route que pour aller au parc. Pourtant, nous arrivons au même endroit. Et cette route est bien plus belle. Pas seulement le confort de l'asphalte, mais le paysage. Pendant un long moment, nous avons la vue sur Torres del Paine, puis ce sont champs et montagnes de petites tailles toujours aussi dénudées et enfin un lac où j'aperçois des flamants roses.

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Au poste frontière de Cerro Castillo, l'ambiance est musicale, comme à San Sebastian en venant d'Ushuaïa. Et pas du Beethoven ! C'est plutôt swing et funk. Contrôle des passeports, le tampon entre tout juste sur la page des précédentes entrées et sorties d'Argentine et de la première entrée au Chili. Nous y sommes à midi et en repartons trois quart d'heures plus tard. Bonne performance. Pour atteindre le poste argentin, encore une piste. On voit qu'aucun des deux pays n'a envie de dépenser d'argent pour un terrain qui n'est pas vraiment le sien. Une preuve que l'amitié entre les deux peuples a encore du chemin à parcourir. Car plus au sud, à San Sebastian, c'était déjà le cas. Heureusement, ça ne dure que dix minutes. Côté argentin, c'est aussi ambiance détente avec musique crachante de deux minuscules enceintes reliées à un ordinateur. Et à l'intérieur du poste de douane, il y a une table de ping pong ! Aucun contrôle des sacs des deux côtés. Pourquoi une telle différence de traitement entre deux postes frontière ? Personne ne s'aventure à poser la question. Il est 13h30 et nous entamons la route qui nous mène à El Calafate. Je suis en Argentine puisque le Chili ne dispose pas de route à cette latitude. Pour remonter la Patagonie, il faut donc passer par le pays voisin pour revenir chez soi un peu plus haut.

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Le paysage est totalement différent. Retour de la pampa, comme après Ushuaïa. Et c'est plat, c'est triste, c'est hypnotisant, c'est endormant. Dormir, c'est la principale activité des voyageurs du bus. J'en profite pour avancer mon livre, tout en jetant un oeil dehors de temps à autre. Si jamais le paysage venait à changer brusquement. C'est totalement sec de ce côté, alors que la partie chilienne est tellement humide. Sec, mais utile à certains. La présence de clôtures est la preuve que ces terres sont privées et exploitées. Des moutons, des vaches et à plusieurs reprises des nandus. Parfois le plat se gonfle en une colline qui retombe comme un soufflé. Une seule fois, une butte est parsemée de peluches d'herbe, comme si les moutons s'étaient délestés de leur laine déjà usagée. Un cercle de verdure sur la droite d'autant plus visible qu'il est bien seul au milieu de ce jaune dominant.

Entre le poste frontière et la prochaine ville, 100 km de vide. La ville s'appelle Esperanza ! Plein d'essence pour avaler les presque 300 km restants. Et ça continue à être plat. Je n'aimerais pas faire cette route en voiture. A force, c'est déprimant. Pas un seul humain visible. Les questions roulent : pourquoi la nature a-t-elle besoin de ces espaces inhospitaliers ? Pourquoi quelques individus sont capables de s'adapter à ces terres rebelles ?

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Environ trois quart d'heures avant d'atteindre El Calafate, l'horizon se modifie enfin. Des buissons ont envahi les champs, mais ils sont noirs. Non pas parce qu'il ont brûlé, il semblerait que ce soit leur couleur. Du jaune, nous sommes donc passés à de grandes étendues noires. Le plat s'est mué en variations montagneuses qui bordent la route à gauche alors qu'à droite, ce ne sont que d'immenses étendues de terre entre rouge foncé et noire. Nous entamons une très longue descente alors que je n'ai pas senti que nous montions. Au fond, très très loin, le parc national des glaciers se détache nettement avec ses sommets acérés et enneigés. Autour de nous, ce n'est que steppe aride.

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Faut-il faire des comparaisons ? Car les comparaisons ne parlent qu'aux initiés. Mais la steppte qui entoure El Calafate a-t-elle la même renommée mondiale que la Vallée de la mort ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. J'ai la sensation de revivre ce grand moment de plongée vers le point le plus chaud des Etats-Unis. Le bus roule lentement, ce qui laisse tout loisir d'apprécier le paysage. Enfin, pour ceux qui ne dorment pas. J'ai remis mon livre dans mon sac, car je ne veux pas perdre une miette de cette splendeur de vide.

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Le plus extraordinaire, c'est l'apparition de la ville El Calafate. Un Beatty à l'orée de la Vallée de la mort en plus grand, pour les connaisseurs. Une ville posée au milieu du vide, sauf qu'il y a un lac à proximité. Le Lago argentino est bleu turquoise vu de loin. Avec 1600 km2, c'est le plus grand lac du pays. De quoi arroser El Calafate pendant des millions d'années. A quoi ressemble cette ville ? A rien. Des agences de voyage côtoient des restaurants, des magasins de souvenirs chassent  des magasins de trekking, des bars se faufilent entre ces différentes catégories. Ici, la principale activité, c'est le tourisme. A 21 heures, tout est encore ouvert. L'artisanat occupe tous les coins de rues et les hôtels ont choisi le bois comme enveloppe extérieure. On vient ici pour aller au pied du Perito Moreno, un glacier dit époustouflant, et pour escalader les cimes du Parc national des Glaciers. Le Perito Moreno, c'est le programme de demain.