Cette fois, je vais passer dans la matinée d'une ville en El à un village en El. Sortie en bus de El Calafate à 8 heures, destination El Chalten. A quoi cela sert-il de regarder le paysage puisque je le connais maintenant par coeur. Je ne peux tout de même pas m'en empêcher. Mais mon livre m'accapare un bon bout de temps et cette lecture me divertit. De plus, le soleil donne de mon côté et il est en pleine forme. Alors, je tire les rideaux.

Nous faisons une halte à un embranchement. Des passagers descendent pour aller à Los Antiguos, plus haut en Argentine. Ma voisine quitte le bus, je peux m'étaler. Après une centaine de kilomètres, nous stoppons à l'hôtel La Leona perdu en pleine pampa, mais adossée à une rivière qui elle-même s'échappe d'un lac, le Lago Viedma, qui lui aussi est le fruit d'un glacier. Il est 9h30. Cela fait un petit moment que nous longeons une rivière. Elle a pris sa place dans ce paysage aride.

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La pause café dure un quart d'heure, le temps d'immortaliser l'endroit. Sur un piquet ont été accrochés différents panneaux indiquant la distance jusqu'à Tokyo, Rome, Londres, Jerusalem, etc. Je mesure que je suis à environ 12000 km de Paris. C'est loin. Peu après ce moment, les montagnes du nord du Parc national des glaciers apparaissent. Et là, flut, je suis du mauvais côté du bus. C'est splendide, les sommets sont tous dégagés et sans être une fan d'escalade, je reconnais le Fitz Roy, la célébrité de El Chalten. Dans cette partie du parc les montagnes sont plus hautes. Le Fitz Roy s'élève à 3400 m.

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Alors que nous apercevons le village, le chauffeur fait un arrêt à un point de vue. Je n'ai jamais rien expérimenté de pareil. La vue est si belle qu'il stoppe pour les gens qui veulent prendre des photos. Belle générosité. Avant de nous déposer au terminal de bus, nous descendons au Centre des visiteurs du parc. L'accueil est assuré par un "Guardaparque" très communicatif. Il explique que la vue que nous avons là est absolument exceptionnelle. Jamais d'habitude, on ne voit toute la chaîne de montagnes et le Fitz Roy est la plupart du temps dans les nuages. Il ajoute que cela fait trois semaines qu'il n'a pas plu et qu'il fait beau sans interruption. Avec la conséquence inévitable de la sécheresse. Il nous assure que les feuilles des arbres se froissent comme du papier. Alors, bien sûr, les recommandations sont fermes : pas de feu n'importe où, pas de cigarette sur les sentiers, pas de campement sauvage.

La ville est toute jeune puisqu'elle ne date que de 1985. Suite à un conflit avec le Chili pour savoir qui avait la propriété de cet endroit, les Argentins, ayant obtenu la souveraineté, se sont empressés d'y construite une ville. Si jamais quelqu'un changeait d'avis. La ville s'est donc posée dans un triangle entre la rivière Fitz Roy et la rivière de las Vueltas. Ils sont 1000 habitants à y vivre... du tourisme uniquement. Une très large avenue ouvre l'entrée de la ville, deux fois deux voies pour une circulation très épisosique. Un terre-plein central au milieu duquel ne se dressent pour l'instant que des lampadaires.

Certaines rues transversales n'ont pas encore été asphaltées, des agences de voyage vous accueillent dans un local où un mur a été peint, un poster accroché sur un autre mur et le comptoir est toujours en parpaings apparents. Mais deux ordinateurs tournent pour réserver des "tours". Des hôtels sont en construction. La ville continuera à croître jusqu'à ce qu'elle se frotte à la montagne. Les capacités resteront donc limitées. Toutefois, sa popularité grandissant, le nombre de visiteurs est en constante augmentation, environ 100000 par été. "Gente comun", me dit le "guardaparque". Alors qu'avant 1985, ceux qui venaient ici étaient de véritables amoureux de l'escalade. Des sentiers existaient, c'étaient ceux laissés par les gauchos qui emmenaient les troupeaux. Un énorme travail a été fait pour faciliter la randonnée et curieusement, l'entrée du parc de ce côté n'est pas payante.

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Après avoir trouvé une chambre et organisé mon séjour pour le lendemain, je suis partie marcher. Au passage, j'ai fermé un épisode de mon voyage. A Punta Arenas, il y avait un homme au même hôtel que moi qui passait ses journées à l'hôtel car il était en attente d'un visa. Chaque fois que le voyais, il regardait son Smartphone, essayant d'écrire deux cartes postales entre trois clics. Je le retrouve à l'hôtel de El Chalten. Que fait-il ? Il a les yeux rivés sur son Smartphone !

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Pour la randonnée, je voulais du facile. L'escalade n'étant pas mon fort, j'ai choisi le mirador des condors tout en sachant qu'à l'heure où je partais je n'en verrais pas. Qu'importe, la vue de là-haut pouvait être contemplée longuement. De même qu'au mirador des aigles (où il n'y avait pas d'aigles, bien entendu). Là c'était encore plus spectaculaire. D'un côté la plaine, la pampa avec au fond le Lago Viedma, de l'autre les sommets rocheux et enneigés. C'était suffisant pour aujourd'hui.

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Car si je ne viens pas escalader, que suis-je venue faire ici ? Passer la frontière, pardi ! Donc, demain matin je prends un bus qui m'amène jusqu'au Lago del Desierto que je traverse en bateau en une demi-heure. La douane argentine se trouve juste après le lac. Et c'est là que je mets en route mes petites jambes pour avaler les 22 km qui me séparent de Candelario Mancilla, au Chili, au bord du lac O'Higgins. La totalité du trajet peut se faire dans la journée. Il faut dormir à l'estancia qui se trouve à Candelario Mancilla et attendre le bateau du lundi, car il ne passe pas tous les jours. C'est une aventure qui m'évite de passer par l'Argentine et de rater ainsi la Carretera austral qui commence ou finit à Villa O'Higgins au Chili. Sortir d'un pays pour y revenir, ce n'est pas banal.