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Petit déjeuner bavard comme hier. La conversation est fluide, les sujets divers et nous nous rejoignons beaucoup. Entre voyages et photo, médias et vie des temps plus modernes que jamais, nous partageons nos impressions et nos vécus. La grande solitaire que je suis ne vivrait peut-être pas dans cet endroit merveilleux, mais j'y passerais volontiers une semaine. Le visiteur du jour est un faucon. Même poste d'observation pour le même type d'acteur intéressé cette fois par des morceaux de viande. Je quitte mes hôtes et leurs amis parisiens en nous promettant de nous revoir à Paris et reprends la route du sud de Chiloé. Car hier, je n'ai pas eu le temps d'aller jusqu'à Achao sur l'île de Quinchao. Et je ne veux pas partir d'ici avec un sentiment d'avoir raté un bout.

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Cette fois, je ne fais que les 13 km de pistes qui séparent la maison de la Ruta 5. A la sortie d'Ancud, je vois pour la première fois de mon séjour de nombreux panneaux publicitaires. Il y a à la fois du préventif pour les femmes enceintes et de la publicité pour un médicament anti-maux de tête ! Cette partie de l'île est assez monotone. Pas ou peu de maisons, beaucoup de terrains non cultivés.

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Surprise, alors que la route est bonne (en travaux importants à certains endroits), je dépasse un attelage de boeufs avec sa carriole et ses troncs de bois à l'arrière. Ils sont peut-être peu nombreux mais ils persistent à se déplacer avec lenteur. Et si c'étaient eux qui avaient raison d'être aussi libres ?

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Retour à Dalcahué où je vais traverser sur une barge. Personne ne descend de sa voiture, il y a plus d'habitués que de vacanciers heureux d'une pincée d'aventure. En débarquant sur l'île, nous sommes accueillis par un portique de bienvenue. L'île de Quinchao s'étire sur environ 25 km. La route est goudronnée et sillonne à travers des carrés de pâturages en patchwork indéfini de cultures. Pour rien au monde je ne viendrai ici en vélo. Montées et descentes en permanence.

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Mon but est d'aller jusqu'à Achao qui abrite une magnifique église. A l'entrée de la ville, un mirador permet d'avoir une belle vue sur les autres petites îles environnantes. Comme hier avec le rideau coulissant, aujourd'hui c'est un rideau qui se lève. L'eau est sombre, la ligne au-dessus est claire et lumineuse et la ligne suivante est dans un gris presque noir. Une femme au visage noirci par les heures passées à l'extérieur confectionne des objets dans une sorte d'osier. Elle m'interpelle dans un sourire aussi élastique que celui du pêcheur l'autre jour et me demande d'inscrire mon nom sur une feuille et d'où je viens. C'est la mairie qui la charge de cette tâche pour avoir une idée de l'origine du passage. Je jette un oeil sur la liste du jour : un Italien, tous les autres sont chiliens. Dans le champ adjacent, telles les "Glaneuses" de Millet, des moutons broutent en ligne sur la pente descendante.

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A Achao, l'église Santa Maria de Loreto, édifice jésuite du XVIIIe siècle, mérite de faire la route. Imposante dans sa longueur, son intérieur est d'une très grande délicatesse. La moindre décoration est du bois sculpté et peint. En guise de rideaux, des panneaux de bois ont été ondulés et ajourés.

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La chaire est lumineuse, les colonnes dont la peinture s'estompe se patinent au fil du temps. Les photos sont interdites, mais ce n'est pas clair si c'est seulement sans flash ou si c'est parce que la majorité des appareils vont sortir le flash que les photos sont interdites. Je suis un peu embêtée, mais je vois qu'autour de moi les nombreux visiteurs ne s'embarrassent pas de l'interdit. Alors, je m'y mets aussi, notant à l'occasion la présence d'une adolescente assise sur le dernier banc, la mine renfrognée, consultant son mur Facebook sur son Blackberry. Un autre type est entré avec ses canettes de bière, il en ouvre une, mais se sentant épié n'ose y porter la bouche. Une femme est pourtant là pour surveiller, mais il faut au moins quatre flashes pour qu'elle dise à moyenne voix que c'est interdit. Un petit musée détaille la vie des indigènes sur l'île avant que les jésuites ne les convertissent.

Des efforts sont faits à Achao pour attirer les touristes. La place devant l'église est en rénovation et le bord de mer a été agréablement aménagé, bien qu'un peu vide. Quelques bateaux font la navette vers les îles en face. Il est temps de revenir sur mes pas. Un petit détour par Chullec parce qu'une pancarte vante sa faune aviaire. Mais en dehors des ibis que je vois en vol, je n'ai rien d'intéressant à mettre dans la boîte.

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Un autre mirador pour profiter du soleil de fin d'après-midi qui illumine une baie cernée de collines. Le bac de nouveau où il faut cette fois entrer en marche arrière car il n'y a qu'une sortie. Je décide de rester dormir à Chiloé. La lumière est fascinante, la rusticité des gens perturbante dans ce monde en perpétuel mouvement.