C'est comment une nuit dans le bus ? Avec ETM, compagnie qui m'a été recommandée par un Chilien, c'est le top. Bus à double étage. En haut, c'est comme la première classe à la SNCF : une rangée double et une rangée de sièges individuels. Les sièges sont larges et confortables. Ayant réservé mon billet en avance, j'ai une place devant, juste derrière la vitre. Des rideaux sont tirés pendant la nuit pour éviter les lumières de l'autoroute. Avec le repose-jambes et l'inclinaison, c'est beaucoup mieux qu'une place d'avion en classe éco. Un emplacement pour un gobelet, une couverture mais surtout un bon film d'action giclant d'hémoglobine après l'arrêt à Osorno et avant d'essayer de dormir. En plus c'était une fille qui tenait la mitrailleuse et elle en a tué des mecs ! Dire que l'on y dort comme dans un lit, il ne faut pas exagérer, mais mon sommeil n'a pas été pire que pendant certaines nuits en avion. Et à 7 heures, on nous sert un café.

Le paysage d'autoroute est bordé par des vignes et des champs de maïs. Devant nous, un fond bleuté avec des irrégularités vers le haut. Ce sont de nouvelles montagnes qui disparaissent au fur et à mesure que nous nous approchons de Santiago. Nous sommes toujours sur l'autoroute et pourtant je vois des joggeurs pratiquer leur activité sur la bande d'arrêt d'urgence et, à deux reprises, des cyclistes traversent la chaussée puis passent leur vélo par-dessus la glissière de sécurité ! A notre arrivée dans la capitale chilienne, le ciel est crasseux, chargé de pollution et peut-être encore de la fumée d'un incendie qui a eu lieu la veille à 160 km d'ici mais qui a plongé Santiago dans un halo piquant les yeux.

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Je débarque au Chilhotel un peu tôt pour prendre ma chambre. Le réceptionniste est arrangeant et me trouve une chambre vide. Surprise : deux peintures pour décoration, l'une représente Notre-Dame, l'autre la tour Eiffel. J'apprendrai plus tard que le patron de l'hôtel est français. J'ai un choc en voyant le Mercurio, quotidien national : on y annonce la mort de Spinetta. Non, ce n'est pas celui d'Air France, mais le poète du rock argentin. Un total inconnu pour moi et les noms de ses héritiers ne sont pas plus familiers. Il fait très chaud à Santiago, mais puisque je dispose d'une journée, je me dis qu'il faut arpenter un peu ses rues et voir à quoi ça ressemble. Ce qui me permettra à l'occasion de me refamiliariser avec le bruit et la foule.

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Je décide de faire le trajet à pied proposé par le Lonely Planet. Un panneau publicitaire affiche la température : 35°C. Un quart d'heure plus tard un autre marquera 41°C. Je comprends mieux pourquoi j'ai vraiment très chaud. J'éternue à plusieurs reprises, j'avais oublié ce que c'était. Le hasard me fait prendre le circuit à l'envers. Je commence donc ma promenade au Museo de bellas artes, beau monument de style néoclassique.

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Ouf, la balade passe ensuite par le Mont Santa Lucia où trônait jadis le château Hidalgo. L'endroit a été emménagé en beaux jardins odorants. L'idéal pour faire une pause et discuter avec un Chilien exilé à Stockholm pendant vingt ans. Du haut du mont, le guide dit que la vue sur la ville est splendide. Oui, car elle est dégagée. Dire que c'est beau, hum, hum ! Autour, ce ne sont que barres d'immeubles d'habitations des années 1970. Des barres verticales trouées de fenêtres et défigurées par les climatiseurs. Je n'aperçois que deux ou trois tours modernes avec un peu d'allure.

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Le chemin passe ensuite par La Moneda, palais présidentiel élégant et aussi gardé que l'Elysée. Je suis maintenant dans le centre historique où quelques bâtiments officiels tranchent sur le reste. Le tout mène à la plaza de Armas, lieu inévitable. Ample, garnie de très grands palmiers, elle attire les peintres en mal de reconnaissance, deux photographes en blouse blanche, des artistes qui s'époumonnent pour mieux garder leur public et un nombre considérable de SDF qui  investissent les meilleurs places à l'ombre sur les bancs. L'office du tourisme est un bureau itinérant. Un jeune homme se déplace dans une tour roulante sur la place, de préférence à l'ombre, et distribue plans de la ville et répond aux questions des touristes, prend aussi des photos des gens qui lui demandent.

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Mes pieds en ont assez et il fait trop chaud pour déambuler. Je trouve deux endroits pour faire quelques achats et prend le métro pour revenir à l'hôtel. Même s'il n'est pas très profond, le concepteur a oublié de faire des escalators. Comme je ne dispose pas de la carte Bip (tel le passe Navigo, elle fait Bip à chaque passage), j'achète un ticket dont le prix varie en fonction de l'heure de pointe ou non. Et à ma grande déception, la machine avale mon ticket. Y a-t-il des contrôles ? A Paris, pas de ticket, une amende. Ici, si on est à l'intérieur, c'est qu'on a forcément payé ? Mystère. Et il n'y a pas de murs dressés sur les points d'entrée et de sortie pour empêcher les gens de sauter. L'architecte a aussi oublié la climatisation dans les rames. Une soufflerie envoie de l'air et sur les quais ce sont des ventilateurs qui projettent de l'air humidifié. Tout ce qu'il y a de plus sain.

Je n'ai pas besoin pour cette fois de voir Santiago plus en détails. Ce n'était pas le but du voyage. Ce que j'ai admiré en Patagonie était bien plus fort. Je voulais du vide, il était là en permanence. Je rentre à Paris gorgée d'air pur et la mémoire pleine d'images inimaginables.