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Allez, encore un peu de Chiloé pour la dernière fois. De Dalcahué, je pars vers Castro, la capitale, où je sais que je ne resterai pas longtemps. Le soleil m'a donné rendez-vous aux "palafitos", ces maisons sur rue d'un côté et sur pilotis de l'autre. Vu l'état de l'envasement, je ne suis pas certaine qu'une barque soit encore d'une quelconque utilité, mais sous cette lumière, l'endroit fait office de carte postale. L'autre monument à voir est la cathédrale Saint François.

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Elle en impose de l'extérieur, avec ses deux tours. Ses couleurs saumon et violet mériteraient un bon rafraîchissement. A l'intérieur, le bois verni est mis en valeur par une rangée de vitraux colorés. Comme ailleurs, le Christ est habillé, contrastant avec la sobriété du lieu classé à l'Unesco. Cette église n'a pas la froideur de nos églises en pierre. En dehors du fait que leur construction fait appel à des techniques bien particulières développées par les Chilotes, ce sont plus que des églises. C'est un lieu où l'on a envie d'entrer et de rester. Le bois enveloppe de sa chaleur et invite à une méditation religieuse ou pas. La finesse dans la sobriété ramène à des valeurs sincères et justes. Il est peut-être temps de remercier les Jésuites d'avoir évangélisé les habitants indigènes de Chiloé et d'avoir développé tout cet art aujourd'hui maintenu avec un peu de difficulté. A force d'exploiter le bois, l'île n'en dispose plus autant qu'avant et les facilités de la vie ont détourné les jeunes de ces activités manuelles qui font la richesse de l'île.

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Castro, avec ses 35000 habitants, n'a rien de vraiment intéressant. Je dirais même plus : tant de gens louches y traînent que je ne m'y sens pas très bien. D'ailleurs, ces derniers jours un chauffeur de taxi a été tué et la couverture du journal local annonce l'arrivée de drogues dans la capitale. Mieux vaut aller voir Ancud, tout à fait au nord. Me voici repartie sur la Ruta 5 avec ce même vide à droite et à gauche.

Si je ne vous ai pas parlé de la côte Pacifique, c'est qu'elle est inhabitée. Les premiers habitants résidant en majorité sur l'eau avaient développé leurs activités de pêche dans la mer intérieure. Quand les routes ont été construites, tout le monde est resté à l'est. Les élans rugissants du Pacifique sont certainement aussi décourageant. Seul un parc national est à voir côté ouest. Il est difficile d'accès et j'en avais assez des pistes. Le temps est à la pluie et je file vers une brume épaisse et blanche d'où pourraient sortir un trauco, ce gnome répugnant et puissant vivant dans la forêt. Les seules manifestations de sorcellerie auxquelles j'ai été confrontées sont exprimées dans de l'artisanat !

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Ancud a du charme. C'est de là que partent des expéditions pour voir des pingouins. M'estimant gavée de ces animaux attendrissant, j'ai zappé de mon programme. En revanche, le Musée des églises m'a été fortement recommandé. Non loin de la plaza de Armas, il a trouvé refuge dans une église dont il n'a été rénové que les murs et le toit. Le musée dispose de belles maquettes des principales et des plus belles églises de l'île et un effort didactique a été fait pour attirer l'attention des visiteurs sur la mise en péril du savoir-faire de restauration. Cette courte visite me laisse sur le sentiment que l'île jouit d'un semblant de culture.

Par hasard, je découvre le fort espagnol San Antonio, d'où la vue sur la mer et une partie d'Ancud est amplement dégagée. Le centre-ville a son lot de supermarchés, de magasins de bric et de broc, de restaurants. Mais je n'y vois pas de vagabonds comme à Castro. Je dois prendre de l'essence. Activité banale mais qui me donne l'occasion de bénéficier d'une attention très particulière. Le pompiste me donne de la "dama" à tout bout de champ. Je me sens telle Marie-Antoinette évoluant dans la galerie des Glaces. "Avancez encore un peu, dama. Pouvez-vous ouvrir le réservoir, dama. Comment allez-vous payer, dama ?" C'est à la fois complètement déplacé et ce monsieur le fait avec un naturel qui doit se reproduire plusieurs fois dans la journée.

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Allez direction Puerto Montt maintenant. Je me rends compte que j'ai retardé le plus longtemps possible ma sortie de Chiloé afin d'éviter le retour vers la civilisation. J'embarque à côté d'un énorme camion, serrée comme une sardine dans ma Toyota Yaris entre la paroi de la barge et le camion. Il pleut trop pour être dehors. J'aperçois une église en haut d'une colline, son rouge noyé dans la brume. Au revoir Chiloé.

En fait, il n'est pas question de m'arrêter à Puerto Montt mais de monter 20 km plus haut et de rejoindre Puerto Varas. La circulation est intense dans la station. Je comprends mieux l'effet vacances des Chiliens quand, au bout d'une heure, j'ai essuyé plusieurs refus pour une chambre. Je récupère une suite dans la maison de la propriétaire d'un hôtel. La maison est immense, la femme californienne. Cette bâtisse est un ancien entrepôt à pommes de terre qu'elle a aménagé pour elle avec des annexes de sa guest house. Une fois de plus, je me sens à la maison et pas à l'hôtel. Civilisation mais pas trop.

Sur le bord du lac, les seniors font de la marche rapide en balançant bien les bras comme on le leur a appris, les quadragénaires s'épuisent au pédalo et les plus jeunes lancent un morceau de bois dans le lac pour faire faire de l'exercice au chien. Si je compare avec le peu que je connais de Puerto Montt, Puerto Varas a du charme, mais ça reste une ville où le commerce est roi et la consommation privilégiée. A découvrir un peu plus en profondeur demain.