Aujourd'hui est donc une journée de voyage. Départ ce matin d'Ushuaïa à 7 heures sous un très beau soleil mais encore beaucoup de vent. La première partie de la route, je le connais déjà puisque je l'ai empruntée pour revenir de l'estancia Harberton. Mais dans l'autre sens, la vision est toujours différente. La route est parfaitement ajustée entre les montagnes qui alternent entre triangles pointus et entièrement rocheux et montagnes arrondies qui se laissent gagner par la végétation jusqu'à une certaine hauteur. Sur la plaine qui s'étend au pied des montagnes, il n'y a aucune culture. Quand nous commençons à descendre, le paysage s'élargit, la forêt est partout et les montagnes sont toujours présentes mais plus lointaines. A certains endroits, des hectares de forêts ont disparu. De la coupe bien nette car il reste les souches et quelques troncs morts qui persistent à se tenir debouts alors qu'ils seraient mieux couchés. Mais ça donne une touche de relief à ces espaces désolés.

Nous arrivons assez rapidement à Tolhuin. Changement de décor. Plus de montagne, la route est plate et l'horizon dégagé. Les forêts sont toujours présentes, éventuellement couvrent des collines. Les premières clôtures font leur apparition, mais où sont passés les moutons ? Les premiers animaux que je vois sont des guanacos. Mais si, les moutons sont là, un petit groupe bien au chaud dans son vêtement de laine. Puis les clôtures disparaissent, la forêt de nouveau couverte de "barbas de viejos". Le vert des feuillages perd de son intensité avec la prolifération de ces fils blancs qui ne poussent pas uniquement sur les troncs mais aussi sur les branches et au milieu des feuilles. Qu'il doit faire bon vivre dans cet air pur ! Pourtant, il n'y a personne ! Une entrée de ranch de temps en temps.

Puis nous longeons la mer. Je n'ai pas vu l'endroit où la forêt cède la place à la pampa. En cause : l'assoupissement ! La pampa, c'est plat. Ca ressemble à la Beauce, mais la Beauce est plus animée parce que plus colorée surtout au moment des cultures. Trois heures après notre départ d'Ushuaïa, nous laissons Rio Grande sur notre droite pour filer vers San Sebastian, passage de la frontière. Nous avons mis 3 heures pour faire 300 kilomètres. A l'entrée du territoire de Rio Grande, Renault se proclame fournisseur de l'Atlantique sur un panneau très laid. L'Atlantique revient peu après. L'eau est verte, de ce vert qui entoure souvent les îles considérées comme paradisiaques. Un groupe de chevaux, quelques moutons, des maisons en construction ou jamais finies de construire, ici ou là des collines puis la platitude du paysage. Pas un arbre à des kilomètres. Un troupeau de vaches près de l'entrée d'une estancia. C'est triste et je comprends que ce soit vide. L'Atlantique a pris une couleur gris-marron beaucoup moins engageante.

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Il est 10h30 et nous sommes à San Sebastian. Tout le monde descend pour présenter son passeport aux douaniers argentins et recevoir un tampon de sortie du pays. L'air de rien, l'un d'eux promène son chien au milieu des voyageurs. Pourtant l'ambiance est détendue, les douaniers travaillent avec un fond sonore un peu excité avec un volume sans discrétion. Deux cyclistes passent. Quel courage pour pédaler avec ce vent. Car si le soleil brille toujours, le vent est déchaîné. Je profite pour faire une photo car la journée sera pauvre ! Nous remontons dans le bus et hop, il faut redescendre. Chacun doit reprendre son bagage et le passer dans un scanner ! Le moindre sac est ausculté. La liste des objets interdits inclut les fruits et légumes que certains s'empressent de manger dans le car pendant que les autres passent déjà leur sac au scanner ! Un perroquet ne doit pas passer inaperçu, mais comment font-ils pour repérer des graines dans tous ces sacs à dos ? L'opération aura pris presque une heure. Jusqu'au poste frontière chilien, les moutons sont en surnombre. Est-ce qu'ils pensent échapper à la tonte dans cette zone à la propriété un peu floue ?

Nous sommes au poste chilien à 11h45. Du jamais vu. Un employé du bus prend tous nos passeports mais nous n'avons pas besoin de descendre... sauf pour acheter à manger ou... faire une photo ! Je vois quelques personnes avec des fruits et je me demande comment elles ont fait pour passer la douane argentine. Alors que je me croyais tranquille, rebelote. Il faut descendre et sortir nos sacs. Il y a un scanner pour ceux qui entrent au Chili et ceux qui sortent du Chili... mais pas suffisamment de douaniers. Quand ils sont d'un côté, ils ne sont pas de l'autre ! Une partie d'entre nous patiente donc dans le vent. Le douanier prévient qu'il est encore temps de déclarer un animal caché parce que une fois scanné, c'est l'amende ! Allez, sortez le chihuahua ! Le temps s'est assombri, mais il ne pleut pas. Nous repartons à 13h15 après avoir récupéré le passeport sur lequel le tampon précise : policia de investigaciones, control migratorio. Allez comprendre.

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Jusqu'à présent, la route était asphaltée, elle ne l'est plus. Heureusement que le bus est confortable. Toute la partie chilienne de la Terre de feu est ainsi. Alors que côté argentin, il y a deux grandes villes et une belle route pour les relier, côté chilien, c'est le vide total. Bêêêê bêêê, pampa, pampa, plat et plat. Un petit peu vallonné par moments. La végétation est rare. Du rien verdâtre, on passe parfois aux petits arbustes empêchés de grandir par le vent. Le vide me fait penser à la traversée du Wyoming, mais  l'ouest sauvage américain est bien plus beau. Le vide de la Terre de feu est déprimant. Pourtant, comme au Wyoming, des gens habitent ici. Il suffit de regarder les clôtures sur le bord des routes qui délimitent des territoires privés. Même les moutons semblent déprimés. iRepliés sur eux-mêmes, ils se protègent du vent dans des creux où plus aucune végétation ne pousse.

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A 15h45, nous sommes devant la Bahia Azul où nous prenons un ferry pour entrer en Patagonie. Je pensais que nous passerions par Porvenir, mais la mauvaise qualité de la route et le volume du trafic pour la traversée doivent faire choisir un autre itinéraire aux compagnies de bus. A 16h30, nous sommes de l'autre côté. Bonheur : j'ai vu des dauphins. Une espèce blanche et noire, très petite et très vigoureuse. Nous laissons la Bahia Azul qui est d'ailleurs verte et prenons la route de Punta Arenas. Retour à l'asphalte, arrivée dans une grande ville qui au premier abord ne me plaît pas. Il est à peine 19 heures, tout est fermé ou presque et ils sont tous rentrés chez eux parce que les rues sont vides. Demain sera un autre jour.